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La philo pour les nuls... Par un nul.

Pendant deux ans, toujours aussi désoeuvré et aussi avide de perdre son précieux temps bêtement, l'auteur a écumé (il n'y a pas d'autre mot) les mers houleuses du forum "PhiloSophie" de l'académie de Grenoble, sous divers pseudonymes plus ou moins inspirés(dont les archives gardent aujourd'hui encore des traces indélébiles !). Pourquoi ? Il se le demande franchement.  
 
Pour se tester, se situer, se confronter à d'autres plus érudits, sans doute... Mais la nature même des échanges sur les forums a transformé tout ça en une gigantesque cour de récréation pleine de tirages de couettes sémantiques et de "t'va var' ta g... à la sortie" emballés dans du Spinoza. Ce à quoi l'auteur s'est prêté avec un talent indéniable pour les rôles de "sale gosse", repoussant sans cesse les limites de l'ironie, du décalé et du non-sense pour voir jusqu'où un tel site pouvait l'accepter... Ecopant par ailleurs de quelques exclusions retentissantes.  
 
Y ayant mine de rien investi énormément de fougue et d'énergie, l'auteur reproduit donc ici le peu qui vaut de l'être comme autant de matières premières brutes pour de futures histoires, et invite les plus courageux ou les plus curieux à fouiller le site en question en quête de ces "fameux" petits moments d'anthologie... 
 
Et à ceux que la "logique" étrange qui règne en cette zone intriguerait, il ne saurait trop conseiller de se pencher sérieusement sur le lien ci-dessous, aux fascinantes implications "métaphysiques" : 
 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sémantique_générale 
 
C'est tout un nouveau monde qui peut s'offrir à vous !
 
 
 
Sommaire : 
 
A comme...
 
- Agressivité 
- Ame 
- Angoisse Existentielle 
- Art 
- Art 2 
- Athéisme 
- Avenir 
B comme... 
- Beau 
- Bonheur 
C comme... 
- Conformisme 
- Courant de pensée 
- Culture 
D comme... 
- Dieu 
- Durée 
E comme... 
- Emotion 
- Enseignement et Religion 
H comme... 
- Humanisme  
- Humanité 
I comme... 
- Inné 
- Intelligence (et Télévision) 
- Internet (et identité) 
L comme... 
- Liberté 
- Logique 
M comme... 
- Mensonge 
- Méthodologie 
- Motivation 
N comme... 
- Norme 
P comme... 
- Pensée 
- Pensée (partagée) 
- Perception (de soi) 
- Philosophie 
- Politique 
R comme... 
- Racisme (dans l'Art) 
- Rapport à autrui 
- Rapport à autrui 2 
- Réalité 
- Rêve et conformisme 
S comme... 
- Suprématie (langagière) 
T comme... 
- Temps 
- temps et Destruction 
V comme... 
- Vérité 
- vérité 2 
 
 
 
 
A COMME... 
 
 
 
- AGRESSIVITE : 
 
 
(En réponse à : "Qu'est-ce que la violence ?") 
 
 
Autant ne pas y aller par quatre chemins :  
 
Il faut être plus fort en philosophie pour trouver la question "intéressante" que pour y répondre ! 
 
En effet, il n'y a là rien à quoi un simple, banal et inoffensif dictionnaire (amis lycéens, je vous le rappelle : aussi impressionnant qu'il puisse paraître, le dictionnaire est tout ce qu'il y a de plus inoffensif !!!) ne saurait pas répondre, aucun débat que sa définition ne pourrait pas clore sans plus de cérémonie.  
Comme j'ai toujours rêvé de me prendre pour un dictionnaire (un jour, promis, j'en consulterai un !), j'imagine que la définition en question doit être quelque chose dans le(mauvais) genre :  
 
1. Toute forme d'agression physique ou morale, volontaire ou involontaire, consciente ou inconsciente imposée à soi-même ou à une tierce personne.  
 
2. Tout ce qu'un individu est enclin à percevoir comme tel.  
 
3. Attribut d'une personne souvent encline à agresser ses pairs. 
 
Ce qui devrait suffire à régler la question de manière définitive, non ?!  
 
"Le monde est ce que les humains en font"
 
 
 
- AME : 
 
(en réponse à "L'âme est-elle reliée au corps"?) 
 
 
Philosophiquement, on ne peut pas répondre à cette question tant que l'on n'a pas démontré par un raisonnement logique, cohérent et argumenté "l'existence de l'âme". Pour ce faire, encore faut-il commencer par poser la question : 
 
" Une forme d'Ame existe-t-elle"? 
 
Ou 
 
"Le concept d'âme n'est-il pas qu'une abstraction"? 
 
Or, philosophiquement, on ne peut pas répondre à cette question tant que l'on n'a pas défini clairement et précisément ce que l'on entend par "âme" et quelle dimension on veut lui donner, ce qui implique (avant même  
d'entamer le débat) que les différents participants se soient au préalablement accordé sur un angle d'approche commun, sans quoi les discussions n'auront aucun moyen d'avancer et les différents "camps" ne s'opposeront que sur de vaines méprises.  
 
On ne traitera pas de la même façon la question de l'âme si on considère celle-ci comme un synonyme d'esprit, d'identité, de souffle vital, de double astral, de principe théologique ou d'immortalité... Et si j'enfoncerais bien le clou en ajoutant que pour bien parler d'âme, il faut d'abord pouvoir définir l'"Homme", ce serait (bien qu'indispensable) compliquer le sujet à l'excès : 
 
Loin de l'intitulé initial, le vrai sujet de cette partie du forum devrait donc être : 
 
"Qu'est-ce que l'on entend par âme"? 
 
Ce n'est qu'ensuite que nous pourrons passer au stade intermédiaire, et bien plus tard que nous serons en mesure d'aborder philosophiquement la première question. 
 
A ce sujet, méfiance : ce n'est pas parce qu'il existe de nombreux lieux communs que ceux-ci sont fatalement vrais. Par contre, en société, vous aurez plus de chances que l'on se pâme d'admiration en reconnaissant votre sens de l'à-propos en usant de tels artifices rhétoriques puisque TOUT LE MONDE a déjà lu ou entendu ça quelque part un jour dans sa vie (donc va être tenté de croire que c'est vrai. C'est tout l'intérêt de l'aphorisme dans un argumentaire - sophiste s'entend -). 
 
Dès lors, on pourra toujours se considérer comme un tout-ce-que-l'on-veut, cela n'en demeurera pas moins une considération, une chose dont on est convaincu a priori, et qu'on est incapable de justifier. Chacun est libre de croire en tout ce que l'on veut, du moment qu'on ne fait pas d'une simple croyance un état de fait et qu'on veille à éviter les argumentaires qui ne sont que des opinions, elles-mêmes sous-tendues que par des raccourcis métaphysiques. Par exemple, poser l'existence des NDE pour prouver l'existence de l'âme humaine. Il y a des NDE, certes, ce qui prouve qu'il y a bien un phénomène - physiologique ou autre - qui survient aux portes de la mort. De là à en déduire qu'il s'agit d'un paradis tout blanc, qu'on va retrouver Bébert le hamster qui est mort quand on avait huit ans en exerçant son libre arbitre sur une prise électrique et que tout ça prouve que l'âme humaine existe, il y a plus d'un pas, même pour Gargantua sur le dos de Pantagruel.  
 
Effectivement, il y a des expériences de mort imminente. Cependant si de nombreuses théories existent et ne valent pas forcément mieux les unes que les autres, le phénomène n'est pour l'instant pas expliqué et ne peut pas valoir pour preuve, de ce fait. Cela peut effectivement être la preuve de l'existence de l'âme, mais ça peut aussi être un millier d'autres choses. En somme les deux constats "il y a des NDE" et "l'âme est immortelle" sont trop distincts, trop éloignés pour être si étroitement liés. En d'autres termes : l'un ne découle pas logiquement de l'autre... Pour l'instant. A l'avenir, il pourra en être autrement. Ou pas. Tout dépend de ce qu'est la REALITE. C'est pour découvrir cette réalité qu'il ne faut pas s'arrêter à de tels constats, qu'il faut les dépasser encore pour avancer, réfléchir, réfléchir et, au final, prouver ou réfuter la validité de ce lien.  
 
 
 
- ANGOISSE EXISTENTIELLE : 
 
 
 
(En réponse à : "Faire de la philosophie peut-il libérer des ombres de l'angoisse ?") 
 
 
Peut-être. Peut-être pas. Encore faut-il que la lumière que l'on atteint en se libérant ne soit pas qu'une autre illusion, qui brille juste un peu plus fort. Car pourquoi fait-on de la Philosophie ? "Pour l'Amour de la Raison" ? Il faudrait être bien naïf pour y croire.  
 
L'homme ne cherche pas des réponses, il cherche SES réponses : le simple fait qu'il soit ce qu'il est- qu'il soit qui il est - conditionne et limite sa recherche.  
 
 
- ART : 
 
(En réponse à : "l'Art est-il utile ?") 
 
 
L'Art est-il utile ? Bien sûr que non, puisqu'il n'a d'autre finalité que lui-même. l'Art ne sert à rien. D'ailleurs, il n'entend servir à rien. Il n'a pas ce genre de prétentions-là. L'Art est l'Art, point. 
Ensuite, effectivemment, il peut devenir vecteur d'idéaux, de messages, etc... Mais alors ce n'est pas l'Art en tant que fin en soi qui est utile mais l'Art en tant que moyen - qui, de fait, n'est plus seulement Art - (et donc, moins l'Art que l'outil de communication qu'il représente). 
 
Tout dépend, finalement, ce que l'on entend par Art.  
 
 
 
- ART 2 : 
 
 
(En réponse à : "L'Art existe-t-il ?") 
 
 
Pour faire court, le Beau n'existe pas dans l'Absolu, et ce qui n'existe pas dans l'Absolu n'existe pas tout court. Le Beau n'est qu'une caractéristique subjective et imaginaire accordée par le sujet percevant à l'objet perçu en fonction de ce qu'il a appris à reconnaitre comme tel. 
 
L'Artiste a une volonté de Beau. le percevant, une idée du Beau. Mais volonté comme idée ne sont là que des abstractions sans plus de matière qu'un nuage. 
 
L'oeuvre est donc le résultat de la volonté de son auteur. Elle lui appartient. Mais l'oeuvre est aussi recréé par le percevant (à travers le simple fait de percevoir) : elle lui appartient donc de la même façon. Mais s'il n'y a plus de perçevants, il n'y a plus d'Art. l'oeuvre reste mais ni la volonté (passée) ni l'idée (perdue) n'existe plus.  
 
Il ne reste que le matériau. La plupart des caractéristiques uniques qui en faisaient une oeuvre d'Art ont disparues elles aussi, précisément parce qu'elle n'ont jamais existé, et qu'en définitive, l'Art n'existe pas plus que le Beau (ni moins non plus), ce qui en fait toute sa Beauté, certes, mais aussi toute sa Vanité.  
 
L'Art n'est finalement qu'un des plus nobles mensonges que l'Homme s'est imaginé pour se persuader que sa réalité n'en est pas une, de mensonge. Pas étonnant, alors, qu'il soit au centre de tant d'enjeux. 
 
Je reprends donc ici à mon compte la remarquable et implacable sentence du sieur Philip K.Dick : 
 
"La Réalité, c'est ce qui subsiste dès qu'on cesse d'y croire".  
 
Tout est dit, mais pour éviter l'emporte-pièce, je vais en rajouter une couche : 
L'Art n'existe que par la volonté initiale de l'artiste d'une part et le regard du percevant de l'autre. L'oeuvre d'Art n'est une oeuvre d'Art précisément QUE parce qu'il y a des êtres humains pour la percevoir comme telle. Enlevez ces êtres humains, vous obtenez la réalité de cette oeuvre d'art, c'est à dire un produit manufacturé sans sens ni utilité. Un objet matériel du monde de l'ordre du caillou, avec parfois (pour shématiser) un plus ou moins vague caractère d'imitation dudit monde. 
 
 
- ATHEISME :  
 
 
(En réponse à : "Faut-il croire ou ne pas croire ?") 
 
 
« Croire » et « ne pas croire » dénotent d'un même fonctionnement interne, d'un même processus de pensée fondée sur une perception arbitraire du monde, un rapport « ou...ou » qui se situe donc sur le même plan. C'est une fois de plus un principe élémentaire : si deux choses – même antithétiques – peuvent être substituées l'une à l'autre, c'est qu'elle sont (différentes, peut-être mais) de valeur équivalente.  
 
L'agnosticisme, au contraire, dépasse ce clivage en se positionnant sur un autre plan. Car la Réalité ne dépend ni de ce en quoi « on croit », ni de ce en quoi « on ne croit pas ». Si Dieu existe bel et bien, il ne va pas se volatiliser du jour au lendemain juste parce que vous n'y croyez pas (ce serait vous donner beaucoup d'importance), et s'il n'existe pas, tous les croyants du monde pourront toujours prier en choeur au lieu de se taper dessus, ils ne le feront pas pour autant surgir du néant.  
Du point de vue de la Raison, CROIRE comme NE PAS CROIRE ne présente aucune espèce d'intérêt, car seul SAVOIR importe : le reste n'est que « littérature ». ...Et comme "la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien", le doute s'impose comme la seule voie qui vaille d'être empruntée ; alors, pourquoi ne pas rester ouvert à tout concept, à toute hypothèse formulée, pour partir ensuite arpenter le long et joyeux chemin de la connaissance, flâner de ci de là tout en appréciant le voyage, tous les horizons qu'il nous ouvre, tous ces couchers de soleils dont nous n'osions pas rêver pour avoir un beau jour peut-être la satisfaction de pouvoir réfuter ou confirmer la théorie qui nous aura servi de fil d'ariane? N'est-ce pas le seul « penser utile », le seul moyen de ne pas se tromper, de progresser, d'apprendre encore ? Y a-t-il un intérêt autre que mystique à régler le compte de Dieu en lançant un cinglant « de toute façon, il n'existe pas » ? Je maintiens que cela est aussi absurde que de décréter arbitrairement « qu'il existe ».  
 
On pourrait penser que la seule alternative à CROIRE est NE PAS CROIRE, seulement c'est faux. Qui se soucie de croire ou de ne pas croire ? Qu'est-ce que cela peut apporter à qui cherche vraiment des réponses ? Celui là ne s'occupe que de savoir ou ne pas savoir, il se moque bien des a prioris ou des partis pris qui ne l'aideront jamais à avancer, bien au contraire. Quel est l'intérêt de "réfuter", de "nier" (comme nombre d'athées le préconisent) quand on ne le PEUT pas véritablement, quand on ne se base que sur des IMPRESSIONS ou des postulats arbitraires ?  
 
Or,aujourd'hui, nul ne peut dire : « je SAIS que Dieu existe » ou « je SAIS que Dieu n'existe pas». Pour l'instant nous ne pouvons dire que « Je ne SAIS PAS si Dieu existe ou non » et nous mettre à chercher en conséquence, sans pencher pour un côté plus que l'autre. 
 
Au risque de faire bondir (une fois de plus, une fois de moins), les athées ne sont que rarement « sans Dieu », comme on pourrait le déclarer : souvent, en effet, ils remplaçent Dieu par autre chose, chose à laquelle il voue un culte plus ou moins avoué. ...Que ce soit l'argent, la réussite sociale, le sport à la TV, l'art, le point de croix, la philosophie (eh oui!), Nicole Kidman, la Playstation 2 ou une passion quelconque, si effectivement le transfert (car il s'agit bien d'un transfert, et pas d'un dépassement) paraît plus rationnel, il met en oeuvre des processus mentaux, des attentes et des satisfactions identiques (à ceci près que ces dernières sont obtenues dans ce monde-ci, ce qui est quand même un sacré argument marketing).  
 
Ce qui est gènant avec l'athéisme, - et peut-être que je me trompe -, c'est qu'il ne vaut donc pas mieux que la foi mais que si la foi (hors fanatisme) encourage le croyant à l'humilité, souvent, l'athéisme (je ne généralise pas) fait naître chez l'individu un sentiment de supériorité qui confine à la suffisance.  
 
Fanatiques exeptés, les croyants sont souvent plus tolérants que les athées, qui portent sur eux un regard pétri de condescendance tant ils se sentent supérieur. Car l'athéisme, consciemment ou inconsciemment, c'est avant tout un moyen de se sentir supérieur à son prochain à peu de frais, de s'élever au dessus de cette masse aveugle et ignorante, d'être meilleur et de se le prouver comme de le prouver aux autres.  
 
 
 
 
 
- AVENIR : 
 
 
(En réponse au très pointu : "Comment expliquer que l'avenir soit à la fois imprévisible et pourtant connaissable ?") 
 
 
A mon sens, l'imprévisible ne l'est que parce qu'en notre qualité d'êtres humains - du fait des limites physiques et intellectuelles qu'impose une telle condition -, nous n'avons pas simultanément conscience/connaissance de tous les paramètres entrant en jeu dans le fonctionnement du monde dans lequel nous évoluons. Si c'était le cas et que nous étions au fait de toutes les lois de l'univers (dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit), si nous les percevions comme telles, bref, si nous étions omniscients, non seulement nous pourrions nous vanter d'être "Dieu" mais du même coup, nous pourrions aussi "prévoir l'avenir" quasi-mathématiquement, sans avoir pour autant un don d'ubiquité. Aurions-nous en permanence une connaissance/conscience totale de l'ensemble des facteurs climatiques influant sur la météo que nous serions en mesure de pouvoir prévoir le temps exact qu'il ferait le lendemain, le surlendemain, etc (dans la mesure où une situation découle forcément de celle qui la précède).  
 
De ce fait, les tentatives de prévisions statistiques ne sont pas établies dans l'absolu mais en fonction de la subjectivité de chacun. Elles ne renvoient non pas à "la probabilité objective d'occurrence d'un évènement" mais à "la probabilité d'occurrence que nous lui reconnaissons". Or, la nuance est de taille : la probabilité n'est pas définie par rapport à l'évènement lui-même mais par rapport à "soi", ou plus précisément : par rapport à cette fameuse "connaissance des facteurs d'occurrence" (combien en connaissons-nous, à quel point les connaissons-nous, etc...)évoquée plus haut. Ainsi, pour un même évènement (qui a donc une probabilité d'occurrence fixe), deux personnes peuvent donner deux estimations très différentes (Roger dira "demain, il y a 90 e chance qu'il pleuve, mes rhumatismes me font mal" et Marcel - qui travaille au centre météo -, lui, dira : "il y a 50 e chances qu'il pleuve". Pourtant dans l'absolu, les chances qu'il pleuve sont identiques).  
 
Pour prendre l'exemple particulièrement évocateur du tirage du Loto : que je gagne ou non la super cagnotte de demain est en effet (toujours à mon sens) un évènement prévisible puisque les boules qui sortiront ne sortiront aléatoirement qu'en apparence (si j'avais conscience des facteurs entrant en jeu à la base : disposition initiale, vitesse de rotation du bocal, coefficient de friction du plastique, résistance des boules à l'air, caractère "rebondissant" de leur texture, cœfficient de dispersion - j'en passe et des meilleures car je suis une calamité en maths -, je pourrais savoir si les numéros que j'ai joué sortiront. Evidemment, ce n'est possible que dans l'absolu).  
 
Ainsi donc, l'avenir serait théoriquement entièrement connaissable car le facteur d'improbabilité évoqué n'en est pas vraiment un. Sauf qu'en pratique, la réalité est toute autre (et c'est là que ça devient passionnant).  
 
 
En effet, même si l'avenir est techniquement prévisible, "en pratique", il ne l'est pas pour autant (même si cela sonne comme une contradiction dans les termes, chaque jour apporte à chacun son lot de preuves flagrantes). De ce fait, il semble tout à fait légitime d'affirmer que "bien que connaissable, l'avenir est aussi imprévisible". Or, comment expliquer un tel paradoxe, si ce n'est peut-être en prenant du recul pour réaliser que si notre avenir dépend de facteurs imprévisibles (aussi salutaires qu'effrayants), c'est que ceux-ci ne sont pas inhérents aux évènements eux-mêmes mais à la manière dont nous les vivons, dont nous les appréhendons. Pourvus d'une connaissance appropriée du monde qui nous entoure, nous pourrions certes savoir "de quoi nos lendemains seraient faits", mais pas comment nous réagirions à ces lendemains. Ce n'est donc pas l'avenir en lui-même qui est imprévisible mais NOTRE avenir, parce que ce n'est pas l'avenir qui est imprévisible mais l'être humain.  
 
Et ça, c'est plutôt une réjouissante conclusion, non ?!  
 
Laquelle ouvre sur moultes nouvelles questions fascinantes, telles que : pourquoi l'homme échappe-t-il à toute prévisibilité - au contraire des phénomènes naturels -, alors qu'il est lui-même issu de cette "nature" ? N'en est-il pas lui aussi le produit et en cela : rien qu'une forme, une partie, une variante ? Or si l'homme se distingue des autres "formes" présentes au monde, est-ce parce qu'il y aurait-il une part non-naturelle en lui ?  
Si oui, quelle serait-elle ? Quelle en serait la "nature", la provenance ? Aurait-elle une finalité ?  
Et sinon, comment expliquer alors que l'homme échappe partiellement aux lois naturelles de l'univers dont il est pourtant partie intégrante ? Si l'on considère l'univers comme somme de tout ce qui existe, comment expliquer l'existence de sa "Liberté", qui n'est ni plus ni moins que la "capacité à se comporter précisément comme si nous ne faisions pas partie de cette somme".
Mystère, mystère.  
 
Pour reformuler le paradoxe : si l'univers est somme de tout ce qui existe, que la nature fait partie de l'univers et que l'homme, lui, fait partie de la nature alors ce dernier fait nécessairement partie de l'univers. Or, une part de ce qu'il est échappe aux lois de ce dernier et produit quelque chose qui échappe à son seul cadre. Comment est-ce possible ? Comment un élément du monde peut-il être créé ex nihilo ? Comment peut-il exister autre chose que "la somme de ce qui existe" ? Quelle est la nature de cette "chose" (puisqu'elle ne fait pas partie de l'univers), et de quoi fait-elle partie (s'il n'existe rien d'autre) ? Et s'il existe quelque chose d'autre, alors, quel est ce "quelque chose d'autre" ?  
 
Je crois que là, nous avons largement de quoi nous amuser... (N'est-ce pas ?) 
 
 
 
B COMME... 
 
 
 
- BEAU : 
 
 
(En réponse à "Tout est-il beau ?") 
 
 
Dites-vous que le "beau" n'existe pas. Les choses ne sont ni belles ni laides, mais juste "telles qu'elles sont". La Nature n'a pas vocation artistique, c'est l'être humain qui, par sa perception, distribue bons et mauvais points en décrétant que tel aspect en est beau (une fleur, par exemple), tel autre ne l'est pas (une araignée). Or, dans l'absolu, une fleur n'est pas plus belle qu'une araignée : elles sont justes DIFFERENTES l'une de l'autre et c'est l'homme qui, ensuite, établit une préférence. Ainsi, un coucher de soleil n'est pas beau dans l'absolu, il n'est beau que parce que nous le trouvons beau. L'idée de "Beau" n'est donc qu'une illusion humaine, une lecture subjective (SA lecture subjective) d'une réalité qui en fait complètement abstraction. 
 
On peut donc répondre successivement que Non, rien n'est beau parce que le beau n'est qu'une vue de l'esprit, pas une réalité, ou que Oui, puisque le beau est une vue de l'esprit, tout peut être beau suivant qui l'envisage. 
 
 
En croisant avec l'article "Humanité" de cette section du site, on peut dès lors prolonger en posant qu'un beau film, ça n'existe pas, que c'est juste un film que je trouve beau, et que ça s'arrête là.  
 
J'évite ainsi de confondre mon ressenti qui fait partie de moi, avec une caractéristique du film. Soit : le beau du beau film est une partde moi, pas une part du film... Parce que si je commence à faire discrétement de ma subjectivité une objectivité "personnelle", je joue explicitement le jeu de dupe dont je parle dans l'article cité plus haut... RIEN n'est "vraiment" beau. C'est la réinterprétation que l'on fait des choses via nos perceptions qui fait le Beau, c'est-à-dire que nous plaquons l'illusion (car j'appelle ça une illusion, mais chacun sa terminologie) du beau sur une réalité qui n'est ni belle, ni laide.  
 
On trouve Beau un coucher de soleil parce qu'on est doué de vue, et parce qu'on perçoit les couleurs, et aussi, parce que les couleurs, on trouve ça beau, mais à la base, c'est un type de rayonnement, un phénomène physique sans finalité ni vocation esthétique (ou alors, c'est qu'il y a un Dieu, et que c'est un artiste). 
 
Les concepts sont donc des parties de l'homme appréhendées par celui-ci comme des parties du monde, et non des parties du monde en soi. 
Par conséquent, ce que je trouve Beau, c'est moi-dans-le-coucher-de-soleil, et pas le coucher de soleil en lui-même...  
 
 
- BONHEUR : 
 
 
(En réponse à "Le bonheur est-il somme de plaisir ?") 
 
 
La vraie question est "le Bonheur existe-t-il ?", à quoi s'ajoute "une somme de plaisir conduit-elle inévitablement au Bonheur ?"
 
Bonheur et Plaisir, une seule et même chose ? !  
 
Si le Bonheur est un "état durable de plénitude" et le Plaisir un "état passager de satisfaction" étroitement lié au concept de "frustration" (puisqu'il n'est que passager), les deux notions sont-elles réellement compatibles ? Aussi... 
 
Le Bonheur n'est-il pas qu'un Mirage, dont le Plaisir serait à son tour le Mirage ? 
 
Ne sommes-nous pas confrontés ici à deux mensonges : l'un inaccessible, et l'autre à portée de main ?! 
 
 
Comme pour la question de l'Ame Humaine, on ne peut pas sérieusement débattre de la question tant qu'on n'a pas précisément défini le concept de "Bonheur" et surtout - avant tout - (plus que tout), tant qu'on n'a pas prouvé qu'il n'était pas qu'une abstraction. Des milliers d'années de réflexion et d'histoire de l'Humanité n'y ayant pas suffi, on peut sans trop s'avancer avancer "qu'en la matière, on est plutôt mal barré". Parce que, "Sérénité", "Sagesse" ou "Bonheur", ce n'est pas exactement la même chose.  
 
Aussi, je pose la question : 
 
Sérénité et Bonheur sont-ils synonymes ?  
 
Pour certains d'entre vous, peut-être... Mais dans l'Absolu ? 
 
On pourra toujours citer ici l'incontournable Epicure, évidemment,à ceci près que la définition du bonheur que donne Epicure n'appartient qu'à Epicure et à Epicure seul (sauf si vous désirez la partager, mais c'est là un choix qui vous regarde) et qui dépend étroitement du contexte (vous appelez ça une « époque », vous, les humains) dans lequel celui-ci a vécu. De là à poser cette définition comme un absolu... Ce serait oublier que quelques siècles nous séparent de ce bon vieux Epi, et que sur ce temps, on a peut-être évolué (et, avec nous, l’idée du Bonheur de la même façon ?!). Sa définition se tient et s'avère très intéressante mais il n'en demeure pas moins que ce n'est et que cela ne restera que "le Bonheur selon St Epicure" (à ne pas confondre avec le "Bonheur selon St Seiya" qui consiste à rebondir tête la première contre des murs de temple grecs - voir le Blog de la Honte en lien sur ce site. Chacun s'amuse comme il peut), à savoir : un avis personnel sur la question, construit à partir d'une appréciation subjective de l'existence et non d'un absolu. En cela, il ne représente en rien une preuve que cette question ne tient pas d'une abstraction pure et simple, comme celle du "Beau" (puisqu'on en parle), de la "Sagesse" (puisqu'on n'en parle aussi) ou de "Dieu" (puisqu'on en veut la peau).  
 
En dissertant du Bonheur sur des bases aussi volatiles, vous risquez de faire plus de la « Cryptozoologie » que de la « Philosophie » tant ce fameux Bonheur me fait penser au monstre du LochNess : « beaucoup de monde en parle, mais personne ne l'a jamais vu » (pour les uns, le bonheur serait donc une grenouille gigantesque et pour les autres, un plésiosaure. D’aucun disent même qu’il s’agirait d’un canular, les fols !!!). 
 
En ce qui concerne MA définition du Bonheur, je n'en ai tout simplement pas. Dans la mesure ou comme je l'ai écrit, ni moi ni personne n'a prouvé que le Bonheur n'était pas qu'un miroir aux alouettes-qui-entend-bien-me-plumer-la-tête-alouette-alouette, je n'ai aucun moyen de pouvoir cerner ce que pourrait être le Bonheur. Le concept de "ce qui est le Bonheur pour moi" m'échappe, je n'ai aucune réponse à donner, tout comme je ne sais pas choisir entre "jus d'orange" et "jus de pomme" lorsqu'on me le propose, parce que tous les deux ont leur propre goût qui n'implique pas pour autant une supériorité qualitative de l'un par rapport à l'autre (et donc : pas de préférence de ma part) (pour rester rationnel, je réponds donc "de l'eau").  
 
Donc, soit le Bonheur existe dans l'Absolu et en ce cas, le mien est le même que celui de tout le monde, soit il n'existe pas, auquel cas je me retrouve logé à la même et désastreuse enseigne.  
 
Ainsi, je n'ai jamais recherché ce que "pouvait être le Bonheur pour moi" puisque d'emblée, je savais que ce Bonheur ne serait que "l'illusion personnelle sur laquelle je plaquerai le terme".  
 
 
 
C COMME... 
 
 
- CONFORMISME : 
 
 
(En réponse à la question du pouvoir de la publicité) 
 
 
En définitive, le principe de l'éducation, de l'enseignement, ... N'est-il pas identique à celui de la publicité (non-concurrencielle, de surcroit : les "innocents" n'ont souvent même pas l'avantage de pouvoir comparer avec la lessive Z) (Lessive Z que - personnellement - j'utilise pour me laver de tous les affronts subis sur ce site...) ? A savoir : donner comme seuls points de référence des postulats relatifs implicitement présentés comme des "absolus", des "vérités". Donc d'une certaine manière : aliéner. 
 
Or l'aspect pervers de la norme, c'est qu'elle renforce cette aliénation en supprimant tout "horizon", tout point de repère extérieur qui pourrait servir de points de comparaison (et donc : amener une remise en question). ...Ou, quand elle ne peut les supprimer, faire peser sur eux le poids d'un jugement de valeur sans appel.  
Pourquoi ? 
 
Parce qu'au fond, le monde humain n'est pas une Réalité : c'est l'univers virtuel que l'homme s'est bâti en fonction de ce qu'il voulait être, de la manière dont il voulait se situer par rapport au reste de l'univers (si possible : au centre), de ce qu'il voulait croire (notamment à son propre sujet), de l'image qu'il voulait donner de lui-même, du trône qu'il voulait occuper... Paradoxalement : un univers en marge de la Réalité. Une gigantesque illusion collective qui ne peut exister que parce qu'elle est massivement partagée. Un mensonge, en somme ; véhiculé par le contexte (éducation, etc...), et matérialisé PAR et A TRAVERS la norme. Celle-ci est à la fois le vecteur et le résultat. Un cercle vicieux qui s'auto-nourrit de sa propre substance. 
 
En effet, la norme est précisément ce qui permet au mensonge de transcender sa nature première, ce qui lui donne corps en concrétisant un monde qui n'est qu'une abstraction, d'où l'aggressivité latente du "normal" à l'encontre de tout ce qui est perçu ou pointé du doigt comme "a-normal" "(...lequel constituant un "point de comparaison" - légitime ou non - et pouvant en cela la remettre en cause, ouvrir des perspectives aux "innocents", les amener à réaliser qu'il existe autant de lessives que de lettres de l'alphabet. Voire plus.).  
 
De ce fait, la question de "être ou non dans la norme" - au-delà des considérations passionantes sur la volonté de rêver - prend des dimensions de "combat moral". A nouveau, nous en revenons aux "choix" et à ce que ces "choix" disent de nous :  
 
Veut-on consolider ce qui n'est qu'un mensonge (sachant que si l'on y gagne un peu de confort moral et matériel, d'autres paient le prix de ce dernier, et que le monde que nous avons bâti - sur de mauvaises bases : la logique Aristotélicienne, mon Moi-Même quelle horreur ! - n'a pas grand chose d'un "bon" monde. Vous en conviendrez ?) ? 
 
...Ou au contraire, veut-on s'y opposer en devenant soi-même une part de cet "ailleurs" que la norme essaie d'effacer (simplement : en cessant d'être le "soi qu'elle attend de nous" pour être le "soi que nous voulons être") tout en sachant que l'on en souffrira et qu'un tel combat est perdu d'avance ?! 
 
 
 
- COURANT DE PENSEE : 
 
 
(En réponse à "la nécessité d'une culture philosophique préalable avant de se piquer de penser") 
 
 
On peut considérer la lecture des philosophes comme tout autre "objet extérieur" du monde, qu'il s'agisse d'une rencontre, d'un événement ou d'un épisode de votre série préférée. Chaque vécu (si "lu" soit-il) est une matière première dont on peut nourrir sa réflexion dès lors qu'on est capable d'en tirer la substantifique moelle.  
 
Si l'oeuvre philosophique est philosophique en soi, ce qui n'est pas philosophique en soi peut tout à fait le devenir selon ce qu'on en fait. L'oeuvre philosophique est donc "un aliment - nécessaire ? - de la pensée", mais cela ne veut pas dire qu'elle est "le seul aliment possible et/ou nécessaire" ou qu'il ne peut pas y avoir de substitut... 
 
De fait, si Nietzche fait référence à Kant, sa pensée s'en démarque parce qu'elle n'est pas faite "que" de Kant (ou de tout autre philosophe antérieur), mais aussi d'un millier (milliard?) d'autres plus ou moins petites choses qui - au départ - n'étaient pas plus philosophique qu'un aller-retour en train Valence-Saint Etienne, mais dont - en s'en saisissant pour se les approprier - IL A FAIT de la philosophie.  
 
Il doit donc tout à fait être possible (mais délicat) de penser "juste" sans pour autant avoir une connaissance encyclopédique des grands du "panthéon de la raison pure", et il n'est pas évident que le résultat serait aussi pauvre que ça.  
Est-ce que seuls ceux qui connaissent leurs gammes sur le bout des doigts seraient vraiment "aptes à penser" ? Et pourquoi, en ce cas, les autres auraient-ils aussi des cerveaux ? 
 
 
 
- CULTURE : 
 
 
(En réponse à : "La Culture pour la Culture (celle qui n'est pas acquise par goût mais par souci d'académisme, lequel académisme mène inévitablement - consciemment ou non - à la volonté de "briller") n'est-elle pas un paliatif à l'Intelligence ?") 
 
 
 
Si la Culture est l'arme absolue du spécialiste, une base indispensable (?) à la construction de tout raisonnement, voire à la construction de l'identité (?), 
 
- N'est-elle pas aussi (et avant tout ?!) le seul moyen pour l'esprit "médiocre" de pouvoir briller en société (ainsi qu'il le souhaite tant) ? 
 
- Le seul moyen que l'on a de paraître intelligent lorsqu'on n'est pas "équipé pour" ?... Rien que de la poudre - de perlimpinpin -aux yeux ? 
 
- Le seul moyen d'avoir l'air "hors-norme" pour qui n'en a pas l'envergure ? 
 
- Au-delà : une caution. Une sécurité.  
 
Se réfugier derrière le paravent d'auteurs accomplis, reconnus, révérés, n'est-ce pas finalement le meilleur moyen d'éviter d'avoir à se mettre personnellement en danger dans une conversation, un échange ou un débat, d'avoir à se battre pour des idées que l'on partage peut-être mais dont on n'est pas "l'origine" ? Celle-ci étant inévitablement "illustre", ne se donne-t-on pas ainsi indirectement l'assurance de ne pas être trop malmené par son auditoire ("Hey quoi !? Si c'est Kant qui l'a dit !") ?! 
 
"Je pense comme les autres donc Je suis" ?! 
 
Prix (de la connaissance) : à débattre.  
 
 
 
D COMME... 
 
 
- DIEU : 
 
 
(En réponse à : "Dieu est-il imaginable ?") 
 
 
Ne vous formalisez pas : Dieu est tout à fait "imaginable". Vous n'avez qu'à discuter de lui avec d'autres, vous vous rendrez rapidement compte qu'au contraire, "Dieu ne peut être qu'imaginé" (c'est bien là le problème) et que (partant de ce principe) vos pairs ne s'en privent pas. 
 
Aussi (comme je passe mon temps à le leur répéter), "imaginer Dieu" ne saurait avoir un intérêt autre que "personnel", ce qui ne signifie pas pourtant que ça n'aurait pas d'intérêt du tout (chacun voit midi à sa porte) : il n'y a perte de temps effective qu'en cas de débat, celui-ci n'ayant absolument aucune chance d'aboutir de quelque façon que ce soit.  
 
Car quelle que soit votre position en la matière, votre raisonnement n'en sera pas vraiment un : comme vos petits camarades, vous ne nous livreriez qu'un "parti-pris a-priori, déguisé en raisonnement".  
 
Or, ce n'est pas encore Halloween. 
 
 
- DUREE : 
 
 
(En réponse à "les choses sont-elles immuables ou toujours changeantes ?") 
 
 
 
On peut ici appréhender les choses de deux manières distinctes et complémentaires : 
 
D'une, dans la durée, en diachronie : les choses y évoluent, rien n'y est figé, rien n'a d'identité fixe, tout n'est que "mouvement" précisément parce que c'est sous l'angle "mouvement" qu'on l'envisage. 
 
De deux, à un point fixe du temps, en l'extrayant de la durée, du mouvement, pour ne le considérer que du point de vue de l'instant : à l'opposé, les choses apparaissent là figées et pourvues d'identités fixes. 
 
...Précisément, parce qu'elles sont l'un et l'autre à la fois et que la durée, elle, est une chaine de maillons que l'on peut considérer soit comme chaine, soit comme ensemble de maillons, et que seule une double approche tenant compte des deux dimensions peut cerner avec un minimum d'errements intellectuels. 
 
Finalement, ce n'est qu'une extension de la démarche scientifique. Tout est partie de Tout mais pour comprendre ce Tout, on est obligé d'en abstraire les parties, sans perdre leur ensemble de vue pour autant, et la Réalité existe autant en tant que somme de Parties isolées qu'en tant que Tout indivisible. 
 
L'intérêt de cette approche est notamment d'observer (au sein de tel ou tel domaine) dans quelle fourchette temporelle (soit : dans quel ensemble "d'instants") se produisent des modifications majeures de la nature des objets-sujets-concepts considérés.  
 
En d'autres termes, si tout vous semble figé, c'est que la période de temps que vous envisagez n'est pas suffisante pour noter de changements. Mais il ne faut pas avoir peur de penser sur des millénaires, voire des éternités. Si cela vous semble, donc, ne pas évoluer, c'est que la fourchette de temps que vous considérez est trop restrictive et vos perspectives de la même façon. L'univers est Energie et l'énergie est mouvement; d'où le "tout coule" d'Héraclite. Le "figé" dans la durée, c'est la fin des haricots.  
 
Pas le temps d'ajouter quoi que ce s 
 
 
 
 
E COMME... 
 
 
 
- EMOTION : 
 
 
(En réponse à Corto qui faisait son petit malin en demandant : "La différence entre émotion et raison"). 
 
 
Le raisonnement est une construction mentale intellectualisée (domaine de l'intellect). 
 
L'émotion - a contrario - est une réponse sur un mode instinctif à un stimulus extérieur (domaine de l'affect), résultat de la sécrétion de tout un tas d'hormones et de fluides divers et variés que le cancre que je suis serait bien en mal de vous énumérer (mais votre professeur de Bio se fera une joie de combler cette lacune, si vous le sollicitez). 
 
De fait, un raisonnement entraîne rarement une émotion, sauf dans mon cas, évidemment (l'autosatisfaction). 
 
Cependant c'est un fait avéré, et n'importe quel manuel de biologie de terminale pourra vous le confirmer avec moult détails : que cela vous plaise ou non, les émotions sont le résultat d'interactions chimiques au niveau du cerveau. Un stimulus déclenche une sécrétion et vous voilà parti pour une guerre sainte !  
 
Si vous rêvez de transcendance, Monsieur Simple Mortel, ne vous demandez pas de quoi les émotions peuvent être le produit à la base, mais ce que vous, vous pouvez en faire... Car une base n'est qu'une base 
 
En d'autres termes : céderez-vous à la haine lorsqu'elle viendra vous piqueter le bout du nez ? La peur vous fera-t-elle reculer, ou avancer avec plus d'arrogance, plus d'assurance encore ? La colère vous fera-t-elle perdre tant vos moyens qu'elle éclipsera votre raison ? Ne saurez-vous jamais aimer que "chimiquement" ou saurez-vous aimer à en faire pâlir jusqu'aux plus beaux livres ? 
 
C'est là toute la beauté et l'intérêt de "l'être humain". En effet, cet "être humain" n'est que votre "matière première". C'est ensuite vous qui décidez ce que vous en ferez... 
 
 
"La Perfection ne peut être qu'une imperfection transcendée"
 
 
 
- ENSEIGNEMENT ET RELIGION : 
 
 
(En réponse à la question : "Faut-il enseigner la Religion à l'Ecole ?" et au tollé d'indignation qui a suivi) 
 
 
 
La réponse en est une fois de plus évidente. 
...Bien sûr, la Religion ne doit pas être enseignée à l'Ecole.  
Bien sûr, si une famille ou un enfant sent le besoin de se tourner vers la Foi, il ou elle devra le faire non en parallèle pour éviter tout amalgame.  
 
 
De la même façon, enseigner l'histoire des religions en insistant sur leurs méfaits, comme certains le souhaiteraient, ce n'est pas "enseigner", c'est donner (imposer) un point de vue présenté (imposé) comme le meilleur qui soit.  
 
C'est orienter a priori la perception que l'enfant en aura et en aucun cas aborder la question de manière rationnelle ou critique. Présenter d'emblée la Religion comme quelque chose de "malfaisant" revient dans le principe exactement au même que de la présenter comme "bienfaisante".  
 
De ce fait, l'illustre auteur qui a écrit ou dit "il n'y a qu'une seule chose qui soit plus dépassée que l'anticléricalisme, c'est le clériclasime" réussit certes un bel effet de manche, mais cela ne va pas au-delà. Dans la mesure où l'un comme l'autre se construisent sur des principes de pensée identiques (bien qu'opposés), ils sont équivalents. En effet, jusqu'à présent, si rien n'a prouvé l'existence de Dieu, rien n'a prouvé non plus son inexistence. "Ne pas croire en Dieu" est donc en soi aussi absurde et réducteur qu'y croire. On croit en Dieu parce que pour soi, "c'est évident qu'il existe" et on ne croit pas en lui pour des raisons identiques. Or, dans les deux cas, cette évidence repose non sur une réflexion (bien que les athées se plaisent souvent à croire le contraire) mais sur un parti-pris, l'idée inconsciente qu'on se fait (surtout : qu'on VEUT se faire) de la Réalité. Donc : sur une CROYANCE. Or, ce n'est pas "ce en quoi on croit ou ne croit pas" qui définit ce qui EST
 
Voilà pourquoi l'athéisme est aussi criticable en soi que la Foi, et peut-être plus dans la mesure où se réclamant du domaine de la Raison, il paraît plus plausible, donc plus crédible, donc plus vrai (sans l'être jamais à aucun moment).  
 
Enseigner l'existence de Dieu dans les écoles, c'est choisir "à la place de", tout comme se piquer d'enseigner son inexistence. Prêcher l'antithéologisme, c'est faire preuve d'intolérance, d'irrespect et (comble du comble) jouer les démiurges en imposant Sa vision des choses comme la seule qui vaille d'être envisagée.  
 
Si l'on veut enseigner "l'inexistence de Dieu", par souci d'­objectivité, vous êtes tenu d'enseignez TOUTES les autres, y compris celle de l'"existence de Dieu" et d'autre plus dissidentes encore telles que "l'univers est un immense champ de carottes et Dieu est un lapin géant". En effet, enseigner une théorie et pas une autre sous prétexte qu'elle paraît moins valide revient à faire du prosélytisme, de la censure, du je-pense-mieux-que-tout-le-monde et finalement, relève d'une forme de fascisme (pour le Bien de tous, direz-vous, mais cela resterait du fascisme... En effet, qui seriez-vous pour décider de ce que peut bien être le bien de tous ?).  
 
De ce fait, c'est du "tout ou rien" : soit on enseigne toutes les théories, soit on n'en enseigne aucune. Paradoxalement, donc : l'athéisme n'a pas sa place dans une école laïque parce que l'athéisme dénote d'un positionnement vis-à-vis de la Religion, il n'en est pas indépendant. 
 
Vous pensez que Dieu n'existe pas, mais pouvez-vous en être sûr ? Vous pouvez dire "il est peu probable que Dieu existe, et encore moins probable que ce soit un vieux bonhomme assis sur un trône plus blanc que sa longue barbe blanche" mais pas que "Dieu (quoi que cela puisse être - nous parlons ici d'un concept, je vous le rappelle, pas d'une image d'épinal -) n'existe pas" est aussi réducteur que de dire "Dieu existe". Cela revient juste à choisir ses oeillères, son frein à la réflexion, les perspectives de réflexion dont on veut se priver. L'Athéisme n'est pas plus une marque d'intelligence que la Foi. Il n'est pas plus tolérant. Il n'est pas plus raisonnable. Il n'est pas plus souhaitable, en somme. Foi ou pas Foi, c'est un choix sur le mode "ou...ou", la pensée reste sur le même plan, elle n'évolue pas. On pourra rétorquer qu'au moins, l'athéisme n'a pas servi de prétexte à massacres, seulement il le pourrait.  
 
 
Prenez la véhémence avec laquelle certains critiquent la Religion. Multipliez-là par quelques milliers de personnes. Laissez mûrir. Agitez de temps en temps. Un jour où l'autre, vous l'aurez, votre guerre Sainte. Les rapports de l'athée au croyant peuvent vite devenir équivalent aux rapports catholiques-protestants. Tous ont la Vérité et tous entendent sauver leur semblable de l'ignorance crasse en le condamnant au bucher.  
 
Se vouloir Agnostique - bien que moins confortable - me semble beaucoup plus avisé, intelligent et productif, mais ce n'est là que mon avis personnel. 
 
Quant aux psys qui disent "qu'il est criminel d'inculquer des valeurs morales (!) (Ce serait bien la première fois !) religieuses aux enfants", que cela va à l'encontre de leur épanouissement et que leur esprit critique ainsi que leur faculté d'être heureux ne s'en trouve pas grandie, il serait intéressant de connaitre leur avis sur notre ami à tous le Père Noël, parce que question "entité omnisciente qui surveille l'enfant dans ses moindres faits et gestes tout au long de l'année pour JUGER au final s'il a été un bon ou un mauvais garçon", lui aussi se pose là (et pas qu'un peu) (Ouuuuuhhhh, brûlons le Père Noël ! Sorcière ! Sorcière !). Pourtant, lui reste plutôt populaire(même chez les athées) surtout en période de fêtes de fin d'année. ...Or, mettez vous un peu à la place de cet enfant (attention : spoiler) dont la famille n'a pas pu acheter ce qu'il avait commandé faute de revenus suffisants et qui, du coup, va y voir une sanction du Père Noël et le signe qu'il n'a pas été assez "bon" tout au long de l'année... Ne serait-ce pas là aussi facteur inhibant, moteur de crise existentielle ?  
 
Quoi qu'il en soit, je pense pour ma part qu'un enfant n'est pas aussi fragile psychologiquement qu'on VEUT bien le faire croire et que gérer des conflits intérieurs et des notions contradictoires (que ce soit dans l'acceptation ou le dépassement) est aussi facteur de construction d'identité (mais je l'admets, j'ai plus confiance dans les enfants que dans les psy, quels qu'ils soient. Les psys sont souvent comme les athées - ce qu'ils sont d'ailleurs la plupart du temps - : ils se veulent créatures de raison, et leur désir d'en être une les pousse souvent à l'aveuglement). Enfin, les Psy - ceux qui pratiquent en cabinet - ont beau jeu de critiquer l'Eglise et à l'accuser de mille et une plaies dans la mesure où cette dernière est finalement leur premier concurrent sur le marché prisé de l'"épanchement d'âmes meurtries" : chacun dans sa catégorie joue une même partition.  
 
Les croyants vont voir leur curé, les athées vont voir leurs Psys. Les deux écoutent, répondent sur le même mode (l'un se référant à la Bible, l'autre à un Thésaurus) et acquièrent ainsi un pouvoir sur leur prochain en créant une dépendance.  
 
Du coup, tout le monde se sent mieux. Un psy qui critique un éclésiaste, c'est un psy qui défend son gagne pain, et pas quelqu'un qui lutte au nom de la Raison. 
 
Revenons à l'enseignement : on parle abruptement d'aliénation et de déni de la réalité. Il me semble que la Religion soit loin d'être le seul élément de notre société qui entre dans cette catégorie alors ne la condamnons pas trop vite, ou alors ne la condamnons pas toute seule. La norme est aliénante, comme l'éducation donnée par les parents, comme l'enseignement professé par l'Ecole, comme les modèles véhiculés par la télévision, comme l'image que peut nous renvoyer notre prochain car TOUS (d'une manière ou d'une autre) limitent le champ des perspectives et ce, en fonction de la façon dont la personne en charge d'inculquer a vu son champ de perspective réduit en son temps.  
 
 
Pour prendre un exemple parlant et qui vaut pour bien d'autres (avant d'être taxé d'hérésie) : qu'enseigne-t-on en Littérature en Collège-Lycée ? Les classiques, évidemment. Sauf que... Qu'est-ce qu'un "classique" ? Littéralement c'est "un livre enseigné dans les classes". ...A partir de ce moment-là, on peut se demander "qui" est suffismamment au-dessus des autres, "qui" a tellement plus compris que les autres ce qu'était la Littérature pour se sentir apte à décréter ce qui devait être enseigné et ce qui ne le devait pas. On peut aussi se demander à quel point la perspective donnée à l'élève sur ce champ de connaissance en a été réduite et de quelle manière... Et se demander finalement s'il ne serait pas plus judicieux et épanouissant (puisque l'épanouissement personnel parait vous tenir à coeur) - au lieu de présenter comme "Litttérature" de vieux livres rébarbatifs qui vont quasi-inévitablement dégouter à vie tout jeune normalement constitué de l'acte même de lecture - de leur apprendre que : "l'Art n'étant qu'une vue de l'esprit, un bon livre sera le livre que vous aimez lire", pour laisser ensuite chacun tracer son chemin vers le "mieux", étape après étape. 
 
Même si la colère qui peut animer certains, toujours, quant aux dérives que les Religions entrainent parfois, elle n'autorise pas de faire d'amalgame. Ce n'est pas la Religion en soi qui est mauvaise (lorsqu'elle l'est) mais les hommes qui la font. La Religion est un moyen comme un autre d'acquérir du pouvoir sur autrui.  
 
Il y a ceux qui usent et abusent du pouvoir qu'ils acquièrent ainsi, il y a aussi ceux qui essaient d'en faire bon usage. Il y a ceux qui se plaisent à être manipulés, qui n'attendent qu'un prétexte pour se sentir supérieur à leur prochain et le convier à un barbecue géant, et il y a ceux pour qui Foi n'est qu'Amour, Respect de l'autre...  
 
S'il y a des écarts, comme dans tous domaines, ce n'est pas la Religion, la fautive : le mal est d'ores et déjà présent dans le coeur de l'homme et la Religion n'est qu'un vecteur à travers lequel celui-ci s'exprime. Ce n'est pas une cause, c'est un moyen. ...Et des moyens de nuire à son prochain, de se hisser au-dessus de la foule- Religion ou pas Religion -, il en trouvera toujours, soyez-en sûr(e?). 
 
Ce n'est donc pas la Religion qu'il faut blâmer, mais l'Homme.  
 
 
 
H COMME... 
 
 
 
- HUMANISME : 
 
 
Être humain, être humain, est-ce vraiment aussi peu de choses ?  
 
 
Mammifère, anonyme, infime grain de poussière. 
 
Vraiment ? Rien que cela ?  
 
En fait, être Humain, c'est déjà un pouvoir. Et non des moindres. Même s'il semble relatif, en définitive, il dépasse de très loin tout ce qu'on peut imaginer. Etre Humain, ce n'est ni plus ni moins que le pouvoir de changer le monde. Au quotidien. Par petites touches. A notre échelle.  
 
A partir de là, nous sommes libres de choisir d'user de ce pouvoir à bon escient ou de « faire comme tout le monde », comme si nous n'en avions aucun, parce que c'est (ou parce que ça paraît) plus « raisonnable » (l'est-ce véritablement ?), plus confortable et avant tout, moins éprouvant. Pas de combat à livrer, pas de cause à défendre, rien qui vaille de se battre au nom de la « Raison » ; tout comme nous sommes libres de nous mettre à réfléchir par nous-mêmes, en faisant fi des préjugés, des évidences et des a priori ; ou de nous contenter d'absorber passivement tout ce qu'on espère nous faire croire… Soit : de remettre en cause chaque lieu commun, chaque « c'est ainsi et pas autrement » en posant la question « l'est-ce réellement ? », ou bien d'accepter ces aphorismes comme « allant de soi ».  
 
Je ne crois pas qu'il n'y ait pour nous qu'une seule voie. Au contraire, je pense que la société n'est rien qu'un vaste mensonge collectif qui s'auto-alimente de ses propres mirages, de sa propre vanité, de valeurs hypocrites et d'aspirations dérisoires ; mensonge au sein duquel les hommes se fondent pour éviter d'avoir à regarder la vérité en face, à assumer leurs responsabilités d'« êtres humains », à construire quelque chose de vrai, d'authentique, à suivre leurs convictions, à inventer, à progresser, à aller voir « au-delà ». Un univers fictif auto-référencé où chacun occupe la place qu'il désire : celle de « centre du monde » ; et où tous se renvoient « l'image de ce qu'ils voudraient être », et non « de ce qu'ils sont « (en tant que personnes comme en tant que « créatures vivantes »). Un décor où ils fuient la vérité. Leur vérité. Leur Petitesse. Rien qu'un grand jeu de dupe où ils font semblant d'exister pour ne pas avoir à exister réellement (ou à se demander ce qu'est « exister », ce qu'est « aimer », ou ce qu'est « être humain »), où ils feignent d'être « quelqu'un » en adaptant leurs critères personnels aux critères de la norme pour s'y mêler, ne pas être rejetés, où ils fuient constamment leurs reflets en se cachant derrière des montagnes d'apparences, de convenances, de faux-semblants, de prétextes, de concessions (sous prétexte qu'elles sont « sages ») et de mauvaises excuses (en général, des axiomes creux du genre « la Vie est ainsi faite »), cherchant dans leurs voisins à capter leurs propres reflets et ainsi, y trouver la justification du pseudo-renoncement que représente leur vie au quotidien.  
 
On évoque souvent la famille, le travail… De nobles raisons de renoncer, bien sûr… Mais peut-il y avoir réellement y avoir de « nobles » raisons de renoncer ? Est-ce que, pour certains d'entre nous, cela ne devient pas l'ultime prétexte pour baisser les bras, l'ultime justification d'un choix inconsciemment mal vécu, la voix intérieure qu'on voudrait entendre nous dire « tu as bien fait » envers et contre tout ? Encore une manière de fuir ?  
 
Des mots comme « réaliste » ou « raisonnable » entrent dans cette même catégorie : celles des excuses derrière lesquelles le commun des mortels se cache afin de ne pas avoir à se battre pour ce qui devrait leur tenir à cœur, ne pas avoir à s'imposer pour ce qu'ils sont au fond d'eux-mêmes (et non ce qu'ils font semblant d'être), ne pas avoir à faire preuve de courage, ne pas avoir à douter, à penser, à se mettre en danger. Surtout : pour éviter de prendre le moindre risque. Se rassurer en « imitant », comme si c'était la « norme », non la « sagesse », qui définissait ce qui était « sage », ce qui ne l'était pas. Par extension : ne poursuivre que des rêves qui n'en sont pas vraiment, des rêves soi-disant « raisonnables » parce qu'à portée de main, des rêves pour lesquels ils n'auront jamais de combats à livrer, dont ils « achètent » la réalisation, comme s'il n'était « sérieux » que de souhaiter ce qui ne leur demanderait que de relatifs efforts, des concessions consensuelles, quelques privations ponctuelles de type « faire des économies »… Des rêves qui (d'une certaine manière) leur sont d'ores et déjà acquis. « Faire des économies »… C'est là le seul prix qu'ils acceptent de payer pour voir leurs espoirs se concrétiser ? En ce cas, je pose la question… Quelle valeur réelle accorder à ces espoirs ? Ces vœux dont il suffit d'acheter la réalisation ? Ces rêves « standards », préfabriqués, imposés par la norme ? Je ne nie pas l'importance d'avoir les deux pieds sur Terre, tout comme il est indispensable de tenir compte des « nécessités de la Vie ». Simplement, je déplore que l'homme soit si prompt à construire lui-même sa cage par peur de battre des ailes, ou parce que « le Ciel est trop grand ». Certains le choisissent délibérément. D'autres ne s'aperçoivent du piège que trop tard, quand ils ne peuvent plus revenir en arrière. D'où avec l'âge : interrogations existentielles, crises diverses et variées ou dépressions nerveuses…  
 
Car il semble qu'il y ait un vide dans le cœur de l'Homme, et que ce soit ce vide qu'il a toujours fui en s'inventant des passions, des conquêtes, des ambitions, des rêves, des projets auxquels s'attacher, passant de l'un à l'autre en une course effrénée pour ne jamais se laisser rattraper par la lassitude et le vide au-delà. Voyages, Amours, Art ou simplement, « satisfactions financières »… Tous ces « un jour… » qui nous aident à mieux vivre le quotidien... Sauf que cette fuite est un mensonge, que le vide est toujours là, tout au fond de nous (puisqu'il est partie intégrante de l'homme) : croire qu'on pourrait le fuir est auto-destructeur et ne peut conduire qu'à l'aliénation, parce que cela revient à croire qu'on peut se fuir soi-même.  
 
Cependant pour légitimer cette fuite, les gens ont regroupé leurs mensonges individuels pour en faire un mensonge commun : la société (la norme). Car si le mensonge d'une personne reste un mensonge aux yeux des autres, un mensonge partagé par six milliards d'individus, lui, s'impose comme une « vérité », effaçant un à un tout « points de vue divergeants », les cultures « autres », pointant du doigt, censurant, condamnant, uniformisant, mettant à l'écart, désignant comme « déraisonnable » tout ce qui pourrait leur rappeler « qu'il n'y a pas qu'une seule voie », jusqu'à tous les supplanter et devenir La seule et unique Réalité... Ce qui, à long terme, sonnera sans doute le glas de notre espèce.  
 
On pourrait discuter longuement de la Finalité ou de la non-Finalité de l'être humain sur Terre, il n'en demeure pas moins que si penser que l'Humanité est la création de Dieu et que celui-ci a un plan pour elle peut paraître naïf aux yeux de certains, prétendre avec eux au Hasard, à la non-détermination (surtout sachant tout ce qu'on sait - ou plutôt que l'on ne sait pas - de la Vie) l'est au moins autant. Ça n'aura même rien de « plus raisonnable », comme ils pourraient être tentés de le dire : simplement, cela arrangera la majorité. Pas d'efforts à faire, pas de valeurs à respecter, pas de questions à se poser, pas de remises en cause, il suffit de suivre le mouvement en occupant au mieux le laps de temps qui nous est imparti. En d'autres termes : de traverser l'existence en touriste. Tant pis si cette Existence n'est pas réelle. Tant pis si elle n'est qu'un mensonge. Tant pis si, au final, nous n'avons pas vraiment vécu, nous avons juste « fait semblant ». Tant pis si nous n'avons pas avancé. Tant pis si nous sommes passé à côté de notre raison d'être…  
 
Pour ma part, je pense sincèrement que nous avons le choix. Que c'est à nous et à personne d'autre de décider de ce qui est raisonnable et de ce qui ne l'est pas, de ce qui est sage, de ce qui doit être, de ce qu'il faut faire malgré le poids du regard d'autrui ; à nous de choisir entre être lâche et partager l'apathie criminelle d'une norme (au mieux) égoïste, ou de faire preuve de courage et de changer les choses en fonction de nos souhaits et de nos convictions. A nous de refuser de nous détourner de ceux qui réclament du secours juste parce que nous ne les connaissons pas, d'ignorer les larmes de notre prochain sous prétexte qu'il ne les montre pas. A nous d'agir. De changer le monde autour de nous. Changer le monde en nous. Le rendre meilleur. A notre échelle. Dans la mesure de nos moyens. Prendre nos responsabilités. Avancer.  
 
Peut-être ne pouvons-nous pas partir du jour au lendemain construire des puits en Afrique, prêcher la bonne parole ou renverser l'équilibre des puissances, seulement nous sommes des êtres humains. Des sommes de doutes, de qualités, de savoirs et de savoirs-faire. Il ne tient qu'à nous de réfléchir à comment nous pouvons utiliser « ce que nous sommes » pour changer la réalité. De nous demander ce que nous POUVONS faire. Ce que nous DEVONS faire. Les risques que nous sommes prêts à prendre. Les limites que nous ne voulons pas dépasser. Exister est une chance. A nous de la mettre à profit. Chaque jour. Chaque minute. Chaque seconde. Nous pouvons rendre le monde meilleur comme aucune autre personne ne le peut à notre place. Parce que nous sommes uniques. Aussi, nous nous le devons. Pierre à pierre. Une petite chose après l'autre. Ne serait-ce qu'un sourire… Et puis ensuite, si nous pouvons, les grandes choses. Pas à pas.  
 
Reste une chose à comprendre, une évidence absolument essentielle, et qui va à l'encontre de tout ce que l'être humain a cru jusqu'ici à son propre sujet. Le plus beau, c'est qu'il s'agit d'une chose toute simple (presque trop), mais magnifique.  
 
La Vérité, c'est qu'il n'y a pas de vide dans le cœur de l'Homme. Cet espace à combler, cette « nostalgie du Paradis perdu » qui lui fait tellement mal n'existe pas. L'homme interprète son ressenti de travers et de ce fait, agit en conséquence : tout aussi « de travers ». Au contraire, dès la naissance, son cœur est plein, il déborde, même, de matière, d'essence, de substance ; dès le commencement, il n'a plus rien à vouloir, plus rien à désirer, plus rien à attendre de cette Vie qui pourtant se déroule devant lui : c'est de cette absence de besoin réel, cette absence de promesses que naît la sensation de vide. D'un trop-plein. D'une satiété... Et si l'être humain fuit sans cesse, espère combler le vide en acquérant maintes et maintes choses aussi inutiles que superficielles, en courant après mille et uns mirages, mille et unes conquêtes éphémères, il est normal qu'il n'arrive jamais à s'en satisfaire parce qu'en agissant de la sorte, il ne fait qu'alimenter son propre malaise. Rajouter au trop-plein. D'où sa course effrénée. D'où ses errances. Pourtant, il lui serait si simple de se libérer. Si simple de découvrir sa Raison d'Etre. Sa Finalité. Les règles de Son Jeu. Il n'y a pas à courir. Il n'y a pas à fuir. Il n'y a pas à souffrir ou à s'interroger.  
 
On ne comble pas un vide qui n'est qu'un trop plein en « prenant », en ajoutant. Paradoxalement, on le comble en donnant... En se donnant Soi. Aux autres. A tous ceux qui en ont besoin. Sans réfléchir. Sans hésiter. Sans attendre de retour. Pleinement. Infiniment. Au point, parfois, de se faire mal. Ce n'est qu'en donnant que l'on peut trouver. Grandir. S'élever... Encore faut-il avoir la sagesse de donner ce dont « autrui » a besoin, non ce qu'il nous réclame ou ce que nous sommes disposés à donner. Rien qu'un choix. Une alternative. Car cette sagesse, nous l'avons en nous, si nous voulons. Elle est à portée de la main, enfouie tout au fond de notre âme. Il nous suffit seulement de ne pas avoir peur d'agir en l'écoutant. Ne pas avoir peur d'agir avec cœur.  
 
On dit DONNER, et non PRENDRE un sens à sa vie.  
 
Aussi, voilà le sens profond de l'existence. Voilà pourquoi nous existons. Pourquoi les « autres » existent. Parce que sans eux, nous, nous n'existons pas. Sans eux, nous restons « vides ». Parce qu'ils sont la réponse à toutes nos questions, le pourquoi de notre destinée, la raison de notre présence sur cette Terre. L'échelle par laquelle nous nous élevons et par laquelle nous nous accomplissons. Ce qui nous manque. Ce qui nous enrichit. Ce qui nous comble. Etre « raisonnable », c'est avant tout comprendre que l'on n'a qu'une seule Vie et que la seule chose que nous emportons avec nous lorsque notre heure vient, ce ne sont ni les richesses, ni les bibelots que nous aurons accumulés mais les moments heureux que nous aurons partagés avec ceux que nous aurons aimés, car c'est la seule chose qui importe vraiment. Pour preuve : tout le reste, nous le laissons en arrière. En d'autres termes : en ce monde, rien ne vaut si rien n'est partagé.  
 
En prenant, je ne gagne rien. En donnant, je ne perds rien.  
 
Ce n'est qu'en donnant que je peux être « Moi ». 
 
 
 
- HUMANITE : 
 
 
(En réponse au houleux "l'homme est-il ou non un animal") 
 
 
L'Homme est biologiquement un animal. Jusqu'ici, tout le monde a intérêt à être d'accord, sous peine de devoir retourner illico à l'école.  
 
Cependant conceptuellement, il est évident qu'il n'en est plus (tout à fait) un.  
 
Dès lors, on est légitimement en droit de se demander ce qui doit primer dans la réflexion : la réalité ou le concept ? Sont-ils vraiment à place sur un pied d'égalité ? Si oui, comment faire la part des choses lorsqu'ils entrent (comme ici) en contradiction ? 
 
Et est-ce qu'accorder au concept un statut de réalité, et l'aborder comme tel, n'est pas déjà une forme (rationnalisée, certes, et massivement partagée) de schizophrénie ?  
 
En effet, entre l’Homme-réalité et l’Homme-concept, je le répète, il n’y a pas coïncidence, et cette non-coïncidence, sa nature, sa fonction, son sens et sa finalité doivent forcément être questionnées, et non rapidement éludées au nom d’un « monde historique » qui peut finir par avoir bon dos, comme on pourrait être tenté de le faire.  
 
Or à ce sujet, on pourrait être tenté de penser que le concept « est déjà dans les choses », cependant ce serait se laisser piéger par un chant de sirènes, parce qu'en réalité, le concept est PARTOUT, sauf dans les choses ; et c’est en cela qu’il s’oppose à (ou en tout cas, « diverge de ») la réalité.  
 
Illustrons cela en prenant un exemple qui m’est conceptuellement lcher, le livre (et non l’épluche pomme-de-terre, comme d’aucuns auraient pu le croire) : 
 
 
Commençons par constater qu’à nouveau, il y a non-coïncidence entre cette réalité-livre objective que l’on peut définir avec exactitude (dès lors qu’on a ne serait-ce qu’un peu plus de connaissance que je n’en ai. Genre : objet manufacturé du monde composé de papier, de colle, d’encre et de pleins d’autres machins idoines) et le concept-livre (auquel on se réfère généralement quand on en parle et qui, seul, donne un sens à l’objet).  
 
D’une part, nous avons donc une réalité-livre qui n’a pas d’autre substance qu’elle-même : ni sens supérieur, ni souffle, ni âme ; et qui ne peut servir qu’à caler des armoires dans la mesure où dans l’absolu, la réalité de ce qu’elle renferme (l’écrit) n’a pas plus de sens que l’objet lui-même (puisque tout aussi conceptuel). Voilà à quoi se limite le livre dans le contexte-monde. 
 
D’autre part, nous avons le concept-livre qui, lui, transcende cette réalité en lui donnant ce sens qui lui faisait défaut. Voilà ce que devient le livre dans le contexte-« monde humain »
 
Mais la question vaut d’être posée : où se situe ce fameux concept-livre ? Dans le livre, vraiment ? Serait-il une part secrète de sa réalité ? En aucun cas. Le concept-livre n’existe que dans l’esprit de l’être humain qui le perçoit comme « livre ». En d’autres termes : si la réalité-livre existe pour tout élément du monde (qu’il soit ou non conscient de cette existence), le concept-livre, lui, n’existe que pour l’humanité ; précisément parce qu’il fait partie de l’humanité, et non du livre (de même que l’éplucheur de pomme de terre, le vélo ou la tour Eiffel qui au-delà du seul concept, ont tous des réalités physiques qui en constituent « l’absolu »). 
 
Le concept se trouve donc logé dans la tête des « créateurs », dans l’« usage » et dans la tête des « utilisateurs » (soit : des re-créateurs).  
Enlevés ces trois « pôles » d’existence, l’épluche pomme-de-terre ne cesse pas d’exister, mais cesse d’exister en tant qu’épluche pomme-de-terre (nuance de taille) ; preuve que l’épluche pomme-de-terre n’est qu’une illusion, et que cette illusion ne transcende son statut que parce qu’elle est très massivement partagée. Or, ne nous leurrons pas : si elle l’est, c’est parce que l’Homme s’apprend à la partager, parce qu’il se conditionne. C’est un fait : plus un mensonge sera admis comme n’en étant pas un, plus il aura de corps, de matière et d’apparente réalité… Comme vous l’avez-vous-mêmes écrit : cet apprentissage du concept fait partie intégrante (voire même : est le noyau) du monde humain. Or, si l’on tente de prendre du recul et qu’on cherche à déterminer un sens ou une finalité au phénomène, on en vient vite aux conclusions suivantes : 
 
La réalité-Homme ? Un être fragile, vulnérable et dérisoire, mais doué d’une capacité d’abstraire et d’une conscience de soi qui n’en sont que plus angoissantes… Et comme par hasard, voilà que surgit avec sa faculté de conceptualiser le concept-Homme, qui l’élève illico au-dessus de toutes choses, estompant, puis se substituant à sa réalité. Dès lors, il est un « vivant », et plus un « animal ». Or…  
 
Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, quand on peut réécrire le monde et qui plus est, à sa convenance (puisqu’avec ses mots, et via ses pensées-concepts). Petit à petit, il s’est donc mis à transformer, puis à remplacer La réalité objective avec ses réalités subjectives(soit : ses concepts, pour ceux qui n’auraient pas suivi, si tant est que quelqu’un me lise encore), lentement, subrepticement, un élément après l’autre, comme s’il s’agissait d’un processus naturel… De temps à autre, il y a ajouté ses réalités vides de sens et autres épluches-patates, leur donnant illico un sens en les utilisant (comme si l’usage seul définissait l’identité), finissant par y croire, donnant de plus en plus corps au mensonge, l’amenant à s’étendre de plus en plus loin, de plus en plus rapidement…  
Saupoudrant le tout de concepts n’ayant cette fois aucune réalité : le Beau, l’Art, le Bonheur (d’où l’impossibilité de définir ceux-ci avec exactitude, et de manière satisfaisante pour tous les partis, et les inépuisables débats auxquels ils peuvent donner lieu)… Ainsi, une partie de ce qui était hier encore reconnu comme relevant du concept est aujourd’hui reconnu comme réalité, et nos concepts d’aujourd’hui, eux, seront vraisemblablement nos réalités de demain. Pour quelle finalité, si ce n’est parvenir à fondre réalité et concept dans l’esprit de tout un chacun et ainsi, effacer la première au profit du second ? ! Si la Création est le fait d’un Dieu, alors dans son orgueil, l’être humain se veut être moins Démiurge, et il y parvient, d’une certaine façon, faisant en sorte que le monde tourne autour de lui, n’existe que pour lui, soit à son image et selon ses désirs. Parce que le jour où il n’y aura plus une seule personne, plus un seul point de référence qui puisse amener à envisager (ne serait-ce que par accident) le mensonge en tant que tel, il cessera alors définitivement d’en être un (virtuellement parlant, bien sûr ; mais quelle importance puisqu’alors, tout sera virtuel ?). Il s'agit là, on l’aura compris, d'une étrange et monumentale entreprise de colonisation. Parler d’« un » monde historique en faisant comme s’il s’agissait d’une réalité objective n’est en effet qu’un des innombrables moyen d’arriver à faire d'un monde étranger (puisque perçu comme « extérieur à nous », ce qui nous distingue des autres animaux) NOTRE monde. Or, contrairement à ce que vous paraissez croire, il me semble que la production de ce monde humain relève intégralement de l’homme, la nature lui servant uniquement de support nécessaire. 
 
Dans le même ordre d’idée, la formulation : « l'homme, tous les hommes du passé, sont dans les choses qui nous sont présentement données » véhicule une ambigüité similaire que la reformulation suivante saura mettre en exergue : « l’homme, tous les hommes du passé, sont dans les choses que nous nous donnons présentement (en tant qu’espèce, soit : qu’ils nous ont donné) ».  
J’espère que vous saisirez l’importance de la nuance, parce que le nœud du problème est là : le monde humain n’existe pour nous que parce que nous l’avons conçu, il n’a de sens que parce que nous le reconnaissons comme tel, aussi est-il évident que nous ne saurions pas l’utiliser si nous appartenions à une autre espèce. Au bout du compte, il n’est qu’un super-concept, somme de tous les concepts ; tout comme l’univers est une super-réalité, somme de toutes les réalités. Si je cesse d’y croire, il cesse d’exister, comme le monde des enfants qui jouent aux cow-boy et aux indiens ; MAIS malheureusement (?), j’ai tout intérêt à ne jamais cesser d’y croire si je souhaite pouvoir subsister. Que j’ai conscience ou non qu'il s'agit d'un mensonge, je suis obligé d’y participer, de mentir à mon tour et de le renforcer moi-même, dans la mesure où ma survie d'être humain en dépend… Ce qui rend la question d’autant plus inquiétante, sous-entendant que le processus n’est pas réversible, quand bien même souhaiterions-nous faire demi-tour. 
 
 
Cependant, comme vous l’avez très justement écrit : enlevez ces "choses", conceptualisées à unmoment dans l'histoire humaine, de la vie présente et vous retrouverez sous les strates l'animal que nous avons tenté d'oublier. Là où vous vous loupez, par contre (et sur le même mode que précédemment), c’est en ajoutant que c'est donc le monde qui contient le concept d'homme, pas les hommes. En effet, là encore, ce n’est pas le monde, mais le monde HUMAIN (c’est-à-dire : ce que les hommes ont fait du monde. Soit, par extension : les hommes eux-mêmes) qui renferme le concept d’homme. 
 
Ceci mis de côté, ce qui est fascinant, dans ce processus de substitution aussi futile que pathétique, c’est que même si les concepts n’ont pas de réalité objective, via le mensonge collectif, ils accèdent néanmoins à une forme d’existence, virtuelle, certes, sans support objectif, mais pourtant bien… Réelle. Or voilà un paradoxe furieusement réjouissant, parce que si l’on considère l’univers comme la somme de tout ce qui existe (ne serait-ce que du point de vue "énergie"), on ne peut pas nier que l’homme ajoute quelque chose à cette somme, quelque chose qui n’en fait pas partie, quelque chose dont la nature est résolument autre, quelque chose qui existe sans pourtant vraiment exister… Et voilà quel devrait être le véritable point de départ de la réflexion philosophique…  
 
 
 
I COMME... 
 
 
 
- INNE : 
 
(En réponse à je ne sais plus du tout quoi, sur les théories de Liebniz sur la nature de la pensée...) 
 
 
Liebniz aurait peut-être du se contenter du commerce de ses fameuses minut'soupes onctueuses et pleines de goût de vrais légumes sans âmes. Son idée n'est pas totalement absurde en terme de "mûrissement" mais il ne faut pas être non plus s'appeler Royco pour savoir que certaines idées mûrissent longtemps sur le plan inconscient avant d'éclore, et que c'est même l'un des principes fondamentaux de l'élaboration de la psyché humaine.  
 
Que l'éclosion des idées ne soit pas toujours(et même rarement) une "immédiateté", voilà qui - bien qu'intéressant - n'est jamais qu'une évidence : de là à avancer que ces pensées sont "innées" (donc qu'elles viennent directement du royaume magique des idées - à droite, en sortant de chez les Bisounours -), il y a un précipice que seul saurait franchir un expert en varape. 
 
Quoi qu'il en soit, ce sujet fait vraiment beaucoup de bruit pour rien :  
 
Pourquoi ne pouvez-vous pas renoncer une bonne fois pour toute à toute espèce de mysticisme "Deus ex Humanus" pour envisager que le cerveau n'étant qu'un outil, nous ne nous en servons pas tous de la même manière et n'en exploitons pas tous les mêmes ressources ni le même potentiel suivant ce à quoi nous reconnaissons un intérêt, ce que nous avons appris à aimer et le type de connexions qui se sont établies entre nos synapses au cours de l'enfance ?  
 
Celui qui fait preuve de facilités sur le plan intellectuel est à mettre sur le même plan que celui qui a des facilités sur le plan physique-sportif. Dieu ne touche pas du doigt le bébé dans son berceau pour dire : "béni sois-tu mon fils, tu auras des gros muscles". Celui qui remporte un championnat du monde de judo avait sans doute certaines prédispositions pour ce sport mais il s'est aussi énormément entraîné. On ne naît pas tous génétiquement égaux et c'est précisément ce qui fait notre diversité. Quant au fossé de ces différences, "technique" et "entraînement" sont là pour nous aider à le combler.  
 
L'excellence dans l'effort vaut au moins autant, sinon plus, que l'excellence en soi. Tout comme le mérite réside au moins autant dans l'effort que dans l'"être". 
 
 
- INTELLIGENCE ET TELEVISION : 
 
 
(En réponse à : "quelle valeur pour la culture de masse ?") 
 
 
Au sujet de la fameuse télé poubelle, je trouve qu'il y a "énorme cliché" à mettre en morceaux. 
 
Première remarque invitant à méfiance : curieusement, la télé poubelle, c'est toujours ce que regardent les autres. Nous, ben, on vaut mieux que ça, on a de l'éducation, on ne se laissera ni abêtir, ni manipuler.  
Toutefois, on peut dès lors partir du principe que l'accro à la télé poubelle en pense tout autant (dur d'imaginer qu'il puisse se dire : tiens, moi, je suis un gros niais, je vais donc me gâver de stupidités). Dès lors, rien ne peut logiquement nous prouver qu'on est pas nous même un accro à la télé poubelle qui s'ignore (que ce soit l'accro ou la télé poubelle qui soit "ignoré" ici). Il est fort probable qu'on soit tous l'accro à la télé-poubelle de quelqu'un, ce qui devrait nous dissuader de juger de manière aussi tranchée, surtout si c'est pour se mettre indirectement (mais indiscutablement) sur un piédestal. Le respect, ce n'est pas seulement ne pas cracher sur les gens dans la rue, c'est aussi et surtout ne pas leur cracher dessus dans notre tête... Ceci dit, le coeur du problème n'est pas là. 
 
Fondamentalement, en effet, il n'y a pas à établir de distinction, de hiérarchie et à se réfugier derrière les indigestes (on va dire : roboratif) programmes d'Arte pour brandir le vibrant étendard de la Cûltûre et de l'Intelligence Sûpérieûreeee.  
 
Parce que ne confondons pas tout : ce qui fait d'un téléspectateur un téléspectateur intelligent ou non, ce n'est pas tant la qualité des émissions qu'il va regarder que la manière dont il va regarder celles-ci. Ben oui. C'est là que le bas blesse, parce que quand on regarde la rétrospective des grands peintres Ouzbeks de 1920 à 1922 (troisième trimestre) (sur La Cinquième, donc), fondamentalement, on le regarde de la même façon que Super Nanny (sur une autre chaîne, donc). Quoi qu'on puisse croire (et dont on veuille se persuader), on n'est pas moins passif, pas moins légume, pas moins enfoncé jusqu'au cou dans un canapé qui finit par ressembler au Village dans les nuages à force de moëlleuses boursouflures, et surtout, surtout, on n'en est pas moins Bob-l'éponge : on absorbe. Béatement.  
 
Ce qui diffère, ce n'est donc pas notre attitude vis-à-vis de la télévision, mais la pertinence des programmes proposés (et choisis). Et, en ce qui me concerne, je m'ennuie autant devant les peintres Ouzbeks que devant Super Nanny. 
 
Soit, pour dire les choses comme elles sont : qu'on regarde bêtement quelque chose de bête ou qu'on regarde bêtement quelque chose d'intelligent, au fond, on regarde toujours bêtement. S'il y a "intelligence" dans le processus de visionnage, elle est donc du côté de la télé, pas du nôtre. Rien de glorifiant ou de glorificateur, donc. Profil bas. 
 
Vous me rétorquerez très finement que le "choix" est ici prépondérant, et dénote une certaine preuve d'intelligence "en amont"
 
Eh-bien-non (ou "pas nécessairement", en tout cas). Il y a une ambiguité. Parce qu'en terme d'intelligence, quand on y pense, la Cinquième fait tout le travail. Pas besoin de réfléchir, quand on regarde la Cinquième. La Cinquième le fait à notre place. Pas besoin de se poser des questions. Elle les pose à notre place. Pas besoin de digérer, interpréter, mettre en relation, réinvestir : tout a déjà été prémâché, digéré, recraché, comme nos gentils professeurs le faisaient pour nous quand nous étions à l'école. C'est sûr que la culture à la béquée, ça rassure. Mais en terme d'intelligence, il n'y a principalement là qu'apparences. Si on regarde la Cinquième ou Arte, on sait qu'on est intelligent (en tout cas, bien plus que celui - le fol ! - qui regarde la 1 ou la 6), du coup, on regarde la télé, nous aussi, mais on se persuade qu'on le fait mieux que les autres, alors qu'il n'en est rien. 
 
Le vrai télévisionnage intelligent, c'est de savoir tirer la substantifique moëlle d'un programme, y compris (et surtout) quand il semble n'en avoir aucune. On peut apprendre de tout. Surtout en terme de télévision, qui est une fenêtre ouverte n'importe-comment, mais une fenêtre ouverte quand même. En regardant Arte, j'apprends, certes, mais j'apprends bêtement. Je consomme la culture comme d'autres consomment le divertissement. Je suis spectateur, pas acteur. Je ne construis pas ma réflexion, je laisse d'autres le faire à ma place. J'accumule des connaissance.  
 
Un télévsionn...aire, lui, apprendra de Super Nanny, de la trilogie du samedi (sauf Charmed, on est d'accord), des films américains (mon Dieu !), des dessins animés japonais (mon Dieuuuuu !!!!), de, de, de (ne serait-ce que de ces quelques secondes passant souvent inaperçues, et qu'on peut appeler des "moments de télévision")... A un niveau ou à un autre. Parce qu'on a l'esprit ouvert, qu'on ne cherche pas à se persuader qu'on est la crème de la crème de l'intelligence, parce qu'on accepte la possibilité d'être un crétin ne serait-ce que le temps d'un visionnage, parce qu'on n'attend pas de la télé quelle nous renvoie une autre image de nous-même que celle-ci, parce qu'on veut être acteur de notre visionnage (qu'il soit vraiment "nôtre"). 
 
Aussi : Parce qu'on peut tout à fait regarder intelligement quelque chose de bête. On y est même forcé, quand on l'est (intelligent). Parce qu'on ne pourra pas s'en empêcher. Tandis que vu que la Cinquième fait tout le travail, ben, d'une certaine manière, elle oblige le téléspectateur à la regarder bêtement, aussi intelligent soit-il par ailleurs... Paradoxal, non ? 
 
Alors regardons la Cinquième et revendiquons-le, c'est fondamental. Mais ne soyons pas dupe de ce que nous faisons, et gardons l'esprit aussi ouvert que possible... Il n'en ressortira que du bien. 
 
 
 
- INTERNET ET IDENTITE : 
 
 
 
(En réponse à un sujet faisant le lien entre l'anonymat sur Internet et le voile de l'Islam) 
 
 
L'invisibilité dans le culte du voile est sa fin, son objet, alors que celle produite sur internet n'est qu'une conséquence inévitable du média en question ; il n'y a donc pas de réelle corrélation, si ce n'est l'invisibilité elle-même.  
 
Dans un cas, on "cache ce qui ne doit pas être montré"(c'est en tout cas ce qu'on dit), dans l'autre, il n'y a pas de volonté particulière sous-tendant l'invisibilité. 
 
Pour éviter les confusions, il aurait été de meilleur ton de lancer un sujet directement sur : "surinformation - désinformation - nouveaux moyens de communication "...  
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas à un "déclin" auquel nous assistons, mais simplement un renforcement - par l'intermédiaire de nouveaux moyens - d'une situation préexistante à l'émergence de l'internet. Les dérives constatées existaient déjà en amont, mais dans des proportions moindres. En d'autres termes : le chaos et la confusion ont toujours existé dans le coeur de l'homme et la société qu'il s'est construit.  
Internet et consorts leur donnent simplement plus de moyens de s'exprimer. 
 
Sur internet, même avec une webcam, ce que vous êtes vraiment est invisible aussi sûrement que lorsque vous rencontrez votre voisin de palier. Le jeu social est un jeu de paraître.  
Internet n'est pas "un masque", mais "un masque de plus"
 
Foin de naïveté, donc ! Ce n'est pas "vous" et "moi" qui communiquons via internet mais l'image de vous que vous voulez me donner et l'image de moi que je m'amuse à renvoyer (et Dieu sait que je m'amuse bien !). C'est là qu'est tout le "sel" du jeu social : il s'agit moins de cacher ce que l'on est que de paraître ce que l'on n'est pas (il est tellement plus facile de "paraître" que de "devenir", n'est-ce pas ?), de donner une image gratifiante de soi et avoir la satisfaction de se la voir renvoyer. Or, Internet est vraiment le lieu idéal pour cela.Car l'homme étant "un être de paraître", de mensonge (voire : sa propre illusion), il trouve dans l'internet le lieu virtuel idéal pour donner du corps au "soi" qu'il fait semblant d'être. Il est si facile de paraître bon, gentil, ouvert, beau, tolérant, spirituel, drôle, séduisant, cultivé, pertinent, génial, original, créatif, artiste, poète, sensible, visionnaire, doux, agréable et même admirable sur Internet (et j'en sais quelque chose !!! Vous êtes tous témoin !)... 
 
Quoi qu'il en soit, ce que vous êtes n'existe que lorsque le regard de l'autre ne pèse pas sur vous... Et ça, c'est souvent beaucoup moins gratifiant !  
 
 
En définitive, Internet est une liberté. Une potentialité. Or d'une liberté, l'homme peut faire ce qu'il veut, et c'est là justement que le bas blesse.  
Une minorité sera honnête dans son rapport aux autres, une autre n'osera pas se mettre en danger (et enfin tous les autres tricheront).  
 
 
En effet, pour être plus sérieux, pensez-vous sincèrement qu'une réunion à visage découvert - comme vous dites - reflète plus LA REALITE que cet imbroglio de pseudos exotiques ? Qui peut aujourd'hui oser affirmer avancer en société à visage découvert sans être soit naïf, soit de mauvaise foi ? Le jeu social est un jeu de masques et de paraître. Internet n'en est qu'un prolongement, un renforcement. Il facilite le jeu, il ne le crée pas. 
 
De surcroît, pensez-vous SINCEREMENT que s'il y a soi-disant plus d'échanges et de respect dans les rassemblements que vous préconisez, c'est "parce qu'il s'agit de la réalité vraie et non suggestive" ? Vous ne pensez pas qu'il s'agit au contraire d'une nouvelle valse aux faux semblants, cette fois-ci conditionnée par l'idée dominante de peur (...d'être mis en difficulté empiriquement ou même physiquement) et d'inhibitions ? Internet encourage-t-il l'homme à renforcer le masque ou au contraire, à le tomber ?  
 
Le "respect" dont on loue les bienfaits ne serait-il pas plutôt un statu-quo de type "tu ne dis pas de mal de moi et moi, en échange, je ne dis pas du mal de toi" ?. A nouveau, rien qu'une hypocrisie ?  
 
Peut-être fais-je à nouveau (ad infinitum) du mauvais esprit, mais les débats auxquels j'ai assistés tenaient plutôt d'un grand concours de léchage de bottes avec option "brosse à reluire" que de la "réalité vraie (il y a des réalités qui ne sont pas vraies ?) et non suggestive". Ajoutez à cela une tendance naturelle de l'être humain à faire à peine semblant d'écouter son interlocuteur et à ne guetter qu'une chose : le moment de pouvoir donner (placer) à leur tour leur vision des choses (qui, comme chacun sait, "est la meilleure") - quitte à couper (respectueusement ?) la parole lorsque : 
- Ils ne sont pas (mais alors pas du tout) d'accord avec ce dernier. 
- Ils trouvent que ce "prochain" "a suffisamment parlé comme ça". (Ecrire étant - c'est un lieu commun - le meilleur moyen de parler sans être interrompu, et de ne pas prendre son "auditoire" en otage, puisque celui-ci n'est jamais obligé de lire jusqu'au bout). 
 
Saupoudrez le tout d'une bonne dose de debriefing sauvage une fois le débat (qui s'est bien passé, où tout le monde a été respectueux envers autrui) terminé et que chacun a calmement regagné ses pénates de type : "Ah non mais il y en avait un, vraiment, quel gros c...."
 
Au final, vous obtenez une tambouille qui n'est pas forcément plus digeste que celle servie sur ce site ou un autre... Il n'y a qu'à voir les débats politiques télévisés en période électorale : si ça ne vous donne pas envie de pleurer, c'est que vous avez le coeur beaucoup mieux accroché que moi... 
 
 
L COMME... 
 
 
- LIBERTE : 
 
 
(En réponse à l'idée de liberté comme principe de "force")  
 
 
Plutôt qu'une "force", à mon sens, il s'agirait plutôt d'une "potentialité", la vraie "force" étant la part de ce que nous sommes qui "use de cette potentialité", c'est-à-dire (il me semble) : la "conscience"
 
Ce qui amène implicitement à considérer cette Liberté-Potentialité comme n'étant pas un "attribut humain", une composante de ce que nous sommes mais au contraire, quelque chose qui nous serait "extérieur". En effet, ce qui est constitutif de ce que nous sommes, ce qui nous est "intérieur", est-ce réellement cette Liberté ? Ne serait-ce pas plutôt ces "chaînes" qui font que cette Liberté n'est pas un acquis a-priori, un don à la naissance mais une potentialité à exploiter, une lutte de tous les instants ? De par notre "humaine condition", nous sommes limités, et ce sont ces limites qui font que nous ne sommes pas libres. Physiquement, nous ne pouvons pas défier les lois universelles sans artifices. Intellectuellement, nous sommes entravés par notre "programme-conditionnement génétique" initial, nos instincts, nos désirs inconscients...  
 
Ce ne serait donc pas la Liberté que nous aurions en nous mais une forme "d'Aliénation naturelle" et cette Liberté-Potentiel à laquelle nous aspirons tant, nous ne pourrions l'atteindre (partiellement) et la mettre en oeuvre qu'à travers la "conscience" ; car c'est précisément dans la prise de conscience que la potentialité apparaît et, avec elle, la liberté.  
 
Ainsi, sur le plan intellectuel, "prendre conscience des chaînes" est le premier pas pour s'en libérer. Tant qu'on en ignore l'existence, on en est prisonnier. Dès qu'on en prend conscience, on peut choisir d'essayer de s'en libérer...  
 
Ce que ne peuvent pas faire les autres espèces animales. 
 
 
 
- LOGIQUE : 
 
 
(Défi à la cantonnade - non relevé -) 
 
 
Vous trouverez ci-dessous trois affirmations logiques : votre mission - si vous l'acceptez - consiste à dire si selon vous, celles-ci sont erronées ou non et à justifier vos réponses par un exposé clair, bref et cohérent (sachant - indice - qu'elles sont évidemment toutes erronées. C'est en tout cas mon point de vue, vous pouvez bien évidemment défendre le postulat inverse). N'allez pas chercher midi à quatorze heures : c'est un défi dont il est aisé de venir à bout.  
 
 
Simplissime, pour commencer :  
 
« Les poissons ont des écailles, or les truites ont des écailles, donc : les truites sont des poissons ». 
 
A peine plus dûr :  
 
« Soit une suite logique de symboles géométriques : carré/carré/carré/carré/carré. Si l'on a le choix entre "triangle", "rond" ou "carré", on choisira carré pour la compléter convenablement ». 
 
Enfin, toujours aussi évident :  
 
« Une porte fermée est le contraire d'une porte ouverte »
 
 
Réponses : 
 
1. « Les poissons ont des écailles, or les truites ont des écailles, donc : les truites sont des poissons »
 
Rien que de très normal en apparence, mais en apparence seulement parce qu'une partie de l'énoncé est effectivement erronée, car les poissons ne sont pas les seuls animaux sur cette Terre à avoir des écailles, loin s'en faut. Du coup, en suivant ce même raisonnement, une truite pourrait aussi bien être une tortue ou un alligator... 
 
Si l'énoncé célèbre "Les hommes sont mortels, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel" est quant à lui bien valide, c'est que les termes en ont été soigneusement choisis à la base : en choisissant des postulats approximatif ou trop vague, n'importe quel Sophiste pourrait leur faire dire tout et n'importe quoi.  
 
Finalement, notre ami Socrate mis à part, il parait assez délicat de construire un autre énoncé valide sur le même modèle... Par contre, pour ce qui est d'en construire qui ont l'air valides mais qui ne le sont pas... Rien de plus simple !  
 
D'où le danger d'user de cette forme de logique !!!! 
 
 
2.« Soit une suite logique de symboles géométriques : carré/carré/carré/carré/carré. Si l'on a le choix entre "triangle", "rond" ou "carré", on choisira carré pour la compléter convenablement »
 
Soit la suite en question, il n'est pas "logique" mais seulement "plus probable" que le carré soit le prochain symbole à sortir. Ce n'est pas parce qu'un "évènement" (ou suite d'évènements) s'est produit cinq fois d'affilée dans des circonstances identiques qu'il se reproduira ainsi à l'infini.  
 
Dans l'absolu, il y a autant de probabilités que sorte en sixième le "triangle", le "rond" ou le "carré". Ensuite, considérant le contexte que représente la suite, on répondra que la réponse la plus probable est le "carré" sans négliger pour autant les deux autres possibilités
 
Il faut se méfier de ce genre de logique qui amène à négliger une part des possibilités, et à confondre le "plus probable" avec "l'inévitable". Ne serait-ce que dans le domaine de la stratégie militaire... 
 
 
3.« Une porte fermée est le contraire d'une porte ouverte »
 
Si c'était bien le cas, on pourrait nuancer en reprenant exactement le même schéma de réflexion. Mais dès lors qu'on nuance, l'apparente logique de ce dernier s'effondre... Aurait-on parlé de verre vide - verre plein qu'on aurait aussitôt trouvé quoi objecter. 
 
Car si "une porte ouverte est le contraire d'une porte fermée", alors, "une porte à demi-ouverte" devrait être "le contraire d'une porte a demi-fermé". Or "au contraire", il s'agit là d'une seule et même chose ! Donc le raisonnement n'est pas viable.  
 
J'ajouterai pour enfoncer le(s) clou(s) que le concept de "contraire de" doit être envisagé avec méfiance, car il n'est que rarement valable et ne trahit le plus souvent qu'une appréciation subjective implicite de la réalité (non la réalité elle-même) : une porte ouverte est en effet "différente" d'une porte fermée, et non "contraire à".  
 
Quand on pense que notre société s'est entièrement construite sur de tels raisonnements (je parle pour l'ensemble des trois), on ne peut que frémir, dès lors : valable et "utiles" dans un monde simple, balbutiant, ils perdent toute pertinence dès que les choses se complexifient.  
 
Notre monde étant de plus en plus un monde de nuances, l'avenir a de quoi paraître assez incertain.  
 
 
 
M COMME... 
 
 
- MENSONGE : 
 
 
(En réponse à "peut-on mentir ?") 
 
 
Ici, la véritable question n'est pas "peut-on mentir ?" mais en a-t-on "le droit" ? Or : 
 
- L'idée de "droit" renvoie à celle de conformité par rapport à la morale (voire plus spécifiquement : à la "loi"). Par extension : à celle de légitimité. 
 
- L'idée de "mensonge"" renvoie à celle d'a-moralité avec comme connotations : tricherie, trahison, manipulation, manque de respect, etc...) 
 
La problématique peut donc être reformulée de la sorte : 
 
"Existe-t-il des trahisons légitimes" ? 
 
En certaines circonstances particulières, l'a-moral ne peut-il pas devenir "moral" ? En d'autres termes : ne peut-on pas mentir "pour la bonne cause", avec les meilleures intentions du monde ?! Un "mensonge pour préserver" vaut-il "un mensonge pour trahir" ? ! N'existe-t-il pas de "bons mensonges" ? Ou à l'inverse : "Mentir", même pour préserver, n'est-ce pas quand même "trahir"
 
Enfin, si dans l'absolu (j'ai bien dit "si" : je ne vais pas non plus faire tout le travail !) on en conclue que l'on peut nuancer, établir une démarcation entre "bon mensonge" et "mauvais mensonge", en pratique, cette démarcation est-elle réellement possible ? Dans la mesure où elle dépendra inévitablement de notions (relatives sur le plan individuel) telles que "le Bien et le Mal", ne sera-t-elle pas elle-même a-morale ? Une illusion subjective de démarcation présentée comme "thin red line" ­objective, mais variant chaque fois en fonction de la personne qui l'établit ? ! La démarcation du "menteur" ne pouvant dès lors pas être  
exactement celle de celui à qui il ment, son "bon mensonge" ne sera-t-il pas vis-à-vis de son interlocuteur "un mauvais mensonge" ?! 
 
Est-ce vraiment "l'intention qui compte"
Et en définitive, ne serait-ce pas une faute "morale" que de chercher à nuancer quelque chose qui ne doit pas l'être ?! 
 
 
 
- METHODOLOGIE : 
 
 
(En réponse à : "Comment bien aborder un sujet de philosophie ?") 
 
 
Rien de plus simple. Abordez chaque sujet de philo comme si on vous proposait un nouveau forfait pour votre téléphone portable, "une véritable aubaine avec sms à volonté et communications illimités vers l'ensemble des planètes du système solaire"...  
 
Dites-vous ensuite qu'aussi alléchant que cela puisse paraître de prime abord, il y a toujours des clauses un peu litigieuses imprimées tout en bas en petites lignes à peine lisibles, et que ce sont ces petites lignes qui doivent en premier lieu attirer toute votre attention. Ce sont elles qui vous permettront de savoir si ce forfait est vraiment une aubaine ou bien une escroquerie, tout comme ce sont elles qui nourriront votre analyse de vos futurs sujets. 
 
En d'autres termes : si vraiment, on souhaite "jouer avec les mots", il faut envisager chaque sujet comme une escroquerie. Vous marquerez un point dès lors que vous aurez compris en quoi il en est une et ce que votre escroc de professeur essaie de vous vendre comme étant "le forfait du siècle" (et ce ne sera là que le commencement !).  
 
En terminale, vous avez un an pour apprendre à raisonner ainsi, ne vous mettez pas la pression. Il y a bien longtemps de cela, quand il y avait encore des dinosaures et que l'Atlantide était une cité prospère, mon professeur terminale a abordé ma classe le premier jour en annonçant d'emblée :  
 
"la Philosophie est une matière complètement différente des autres, il s'agit d'une chose délicate à manier et surtout, d'un état d'esprit - que vous n'avez pas -, aussi je vous préviens tout de suite, même si vous faites des efforts, vous allez tourner à 8 de moyenne toute l'année. Seulement, un jour, peut-être qu'un déclic se prduira et que vous atteindrez les 10, puis les 12. Ce que vous devez viser, ce n'est donc pas les résultats, mais ce déclic".  
 
 
- MOTIVATION : 
 
 
 
(En réponse à "l'acte gratuit est-il possible" ?) 
 
 
Consciemment ou inconsciemment, toutes nos actions - si généreuses et altruistes qu'elles paraissent - ne sont-elles pas motivées par un intérêt, quel qu'il soit ? Volonté de se voir renvoyer l'image de "quelqu'un de bien", tentative symbolique de corriger des erreurs passées, de s'amender, mise en abîme d'un traumatisme passé en le revivant et en le solutionnant "de l'extérieur" (ex : vous avez subi la pauvreté, et maintenant que vous vous en êtes sorti, vous donnez à quiconque serait dans le besoin... Or, même si votre intention vous honorera, c'est d'abord à VOUS que vous donnerez à travers ce quiconque... Ce VOUS passé auquel on n'aura pas assez donné, jadis), ...  
 
Nombre d'éléments peuvent entrer en ligne de compte lorsque nous "faisons le Bien" (en admettant que nous y soyions résolu) : de fait, est-il réellement possible de "faire le Bien pour faire le Bien", sans arrières-pensées ?! 
 
Ainsi, lorsqu'on "donne", n'attend-on rien en retour ? 
 
 
N COMME... 
 
 
- NORME : 
 
 
(En réponse à un questionnement sur la norme et la normalité) 
 
 
Loin de tous questionnements exitentiels, la "normalité" est un concept très précis et concret qui désigne tout ce qui est perçu par l'être humain comme "conforme à la norme". Quant à la "norme", il ne s'agit ni plus ni moins que la constitution par un double phénomène d'addition et de pression mimétique d'une conception standard de l'existence étroitement liée au concept-même de société (une société ne pouvant exister sans "norme"). La norme est donc l'espace commun où les individualités peuvent se rejoindre, le recoupement d'un ensemble de valeurs partagées en termes d'éducation, de moralité, de perception de la réalité, de style de vie, le "lieu virtuel" qui permet l'échange, le dialogue, le vivre-ensemble (les traits individuels étant considérés comme "à part", de l'ordre de la "vie privée", du moment qu'ils restent conformes à une certaine idée de ce qu'en fait la norme). Par conséquent, ceux qui n'arrivent pas à l'accepter ou à s'y conformer (qui n'ont pas assez de "bases communes" à partager pour s'y fondre) ne pouvent que rester "en marge" et être stigmatisés. 
 
Là où le concept devient problématique, c'est qu'obligatoirement, dans l'esprit du plus grand nombre, il parait "normal" (comprendre : "conforme à la norme") de se conformer au principe de "normalité", être "a-normal" devenant vite à leurs yeux un synonyme de maladie mentale et débouchant le plus souvent sur un jugement de valeur de type . Or "anormal" signifie juste "différent".  
 
Sachant à quel point l'être humain peut priser les guerres saintes contre tout ce qui n'est pas "comme lui" (donc : mauvais), on ne peut que redouter ce que de tels raccourcis intellectuels ("normal" = "bon, droit, juste") peuvent entrainer comme dérive dans l'esprit de la masse et ne plus s'étonner quand on retrouve le corps d'un SDF copieusement brûlé pendant une belle nuit d'été (par des jeunes "normaux"). 
 
La "norme" renvoie à l'idée non de rationnalité, de sagesse, de droit chemin mais à celle de "majorité". Or, pour prendre un exemple extrême (Vraiment? A débattre), dans le cas où la "norme" serait constituée d'une somme de psychotiques, ce qui serait considéré comme "normal" serait finalement leur "égarement commun, perçu comme une normalité" ; ce qui ouvre, vous en conviendrez, quelques angoissantes perspectives.Contrairement aux idées reçues, la "norme" n'est pas forcément une bonne chose en soi, et ce n'est absolument pas parce qu'on est "normal" qu'on est "sain d'esprit"
Bien sûr, il y a des personnes qui sont dans la "norme" comme des poissons dans l'eau, d'autres qui arrivent à s'en accomoder bon gré mal gré, mais... 
 
Et si, à l'inverse, il existait des personnes qui n'étaient tout bonnement pas capables (même avec tous les efforts du monde) de poser ne serait-ce qu'un pied dans cette "norme" ? Seraient-ils blâmables d'être "hors norme" ? Devrait-on alors les "soigner", comme s'ils souffraient d'une maladie ? Ne seraient-ils pas finalement les "victimes" du confort moral et du choix "du plus grand nombre"
 
...Si l'humanité a évoluée, sur les milliards de milliards d'individus qui l'a peuplée à travers les âges, n'est-ce pas à une poignée d'"a-normaux" que l'on doit L'ENSEMBLE (ou peu sen faut) des progrès accomplis ? 
 
 
 
 
P COMME... 
 
 
 
- PENSEE : 
 
 
(Sur l'opposition entre "penser par soi-même" et "se référer à...") 
 
 
 
 
Grossièrement, nous pouvons établir une distinction entre trois types de pensée distinctes : 
 
1 / La pensée par soi-même basée sur des ressentis, des a-prioris, des approximations, des préjugés, des volontés conscientes ou non, une idée qu’on se fait du monde : des points de vue, des opinions, des « fois », des « lucidités » propres à chacun mais ne reposant que sur l’expression « à tort et à travers » d’une subjectivité pensante. C’est le mode de pensée la plus répandue, qui n’a pas grande validité intellectuelle mais une réelle valeur « personnelle », « identitaire »
 
2 / La pensée par « un autre », basée sur un (ou plusieurs) auteur(s) illustre(s) ayant déjà bien pris soin de faire ses (leurs) preuves aux yeux du monde. Il ne s’agira pas (disons, pour être conciliant, « pas toujours »… Mais quand même !) pour autant de se contenter de répéter mot pour mot ce qui a pu être dit, écrit ou rapporté, il y aura toujours possibilité d’appropriation, d’amélioration, de contestation (hélas limitée par le statut d’Institutions de ces auteurs et souvent conditionnée par d’autres). De fait, la réflexion sera moins « personnelle » mais plus « raisonnée », plus apte à « saisir le monde », à établir une communication avec autrui. Il n’en demeure pas moins que tout noble que puisse être cet art, il s’apparente moins à une « pensée » qu’à un « jeu culturel de références », ce qui ne signifie pas pour autant qu’il est sans intérêt.  
 
3 / La pensée par « soi-même », mais raisonnée, basée sur une réflexion rationnelle et sous-tendue par un ensemble de procédés et de méthodes strictes, mécaniques, objectifs, lesquels aboutissant à la création d’un système de pensée viable. En d’autres termes : en premier lieu l’établissement d’un cadre de pensée propre au penseur (le système) puis dans un second temps, l’élaboration d’une pensée rationnelle à l’intérieur de ce cadre (mais pas nécessairement dans l’Absolu). C’est d’ailleurs là toutes la Beauté et les limites de la pensée « philosophique ». En dépit des apparences, elle n’est qu’un prolongement inspiré du type de pensée 1/, mais pas nécessairement un pas vers le « mieux comprendre »
 
La théorie de Kant décrit le monde selon Kant. La théorie de Bergson décrit le monde selon Bergson. Etc… Aucune ne décrit « le vrai monde », parce qu’en définitive, la philosophie tient plus d’une œuvre, un essai littéraire que d’une discipline scientifique (dont elle a pourtant certains attributs).  
 
Ainsi, on peut toujours "aborder les choses "d'après le processus de Bergson", par exemple, mais on se doit de rester méfiant vis-àvis de celui-ci. Parce que (pour faire du mauvais esprit, mais l'idée y est) si Bergson avait annoncé dans la foulée que l'univers est un champ de carottes et que Dieu, lui, est un lapin géant, d'après le processus de Bergson, je ne pourrais plus sortir de chez-moi sans craindre de recevoir un coup d'incisives géantes (bonjour l'angoisse existentielle !). Ce "d'après le processus de..." place inévitablement la réflexion à laquelle il se rapporte dans une idée de "relativité" incompatible avec celle de "vérité".  
Ainsi, toujours sur le plan de la réflexion, qu'importe que ce que Bergson a écrit "se tienne logiquement" si cela se tient logiquement par rapport à une base qui, elle, n'a aucune validité (ou en tout cas, aucune validité démontrée. Je reconnais la possibilité du concept -idem pour le lapin géant-, mais je ne bouderais quand même pas une petite démonstration, histoire de...). De fait, Bergson écrit comme un artiste, non comme un homme de science : il bâti au préalable son propre système de références personnel à partir duquel il va construire ses raisonnements, lesquels seront donc tout à fait valables à l'intérieur de ce système (relatif), mais pas dans l'absolu (tout en se posant pourtant implicitement comme tel).  
 
Pour résumer : le processus de Bergson ne sera valable que dans le monde de Bergson, il ne pourra donc être considéré comme valable dans l'absolu que si le monde de Bergson est Le Monde avec un grand M et donc, que si Bergson est Dieu. Et comme ce n'est pas le cas, il me semble... 
 
S'il faut être un esprit brillant pour pouvoir prétendre à de telles acrobaties intellectuelles (je suis le premier à le reconnaitre), pour moi, ce qu'écrit Bergson tient plus de l'art, de la littérature spéculative que de la science. Je ne serais pas si désemparé s'il n'y avait pas confusion entre les deux domaines car présenter l'Art comme Science me parait être une démarche relativement malhonnête d'une part et pouvant s'avérer dangereuse d'autre part, suivant l'usage que l'on en fait. 
 
 
 
 
 
 
 
- PENSEE PARTAGEE : 
 
 
(Sur l'universalité apparente de certaines représentations symboliques) 
 
 
Il semble qu'il y ait en effet un substrat commun de mythes, d'idées, de figures, d'images qui se retrouvent d'un auteur à l'autre sans aucune corrélation directe, quel que soit le domaine (artistique, philosophique...) et véhiculé parfois dans des conditions et à travers des médias tout à fait surprenant(e)s. De là à penser comme ce brave Jung, il n'y a qu'un pas.  
Quoi qu'il en soit, la vraie réponse est qu'il y a deux façons de considérer un "Tout" : 1) comme, effectivement, un Tout ou 2) - comme un ensemble de "parties". S'il parait normal qu'en sa qualité de partie, l'être humain ait une tendance instinctive à vouloir se considérer comme un "tout", elle fausse son appréciation de ce qu'il reconnaît comme "réalité". Cependant, cette partie existe-t-elle pour/par elle-même, ou uniquement comme composante de ce Tout qu'il faudrait se garder de subdiviser ?